Publié le 24 juin 2009

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Un Club pour valoriser le rôle des investisseurs de long terme

Le club international des Investisseurs de Long Terme, présidé par Augustin de Romanet, le directeur général de la Caisse des dépôts, a réuni pour sa conférence de lancement, à Paris le 22 juin, un panel d'invités prestigieux. Objet des débats : évoquer la contribution de ces investisseurs à la construction d'un système économique, plus stable et plus durable, pour affronter les défis financiers, démographiques ou encore environnementaux.

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Les 4 membres fondateurs du Club

« Mettre le capitalisme au service du développement et de l'homme pour contribuer à bâtir un monde financier plus stable et moins coûteux pour les générations futures », c'est l'ambition définie par Augustin de Romanet, le directeur général de la Caisse des dépôts, en ouverture de la conférence de lancement du Club des investisseurs de Long terme, qu'il a fondé avec les dirigeants de trois autres grandes institutions européennes, Franco Bassanini de la Cassa depositi e presititi italienne (CDP), Ulrich Schröder de la KfW Bankengruppe allemande (KfW) et Philippe Maystadt de la Banque Européenne d'Investissement (BEI). Pour mieux souligner la nécessité d'aller à rebours de l'approche économique court-termiste qui a favorisé la crise financière, un film court et percutant a été diffusé en ouverture pour cadrer les divers enjeux planétaires auxquels ces investisseurs sont appelés à faire face : changement climatique, croissance démographique, urbanisation galopante... « Nous sommes tous les quatre très conscients des enjeux environnementaux » a expliqué Ulrich Schröder, directeur général de la KFW. «L'un de nos rôles consiste à prouver les bénéfices économiques des politiques d'investissements environnementaux. En Allemagne, notre programme sur l'écoefficience des bâtiments nous a permis, par exemple, non seulement d'économiser 2,4 milliards de tonnes de CO2 mais aussi de créer plus de 200 000 emplois », a-t-il ajouté.

Des critères de développement durable

Dans la suite des débats, les intervenants -dont deux prix Nobel (Rajendra K.Pachauri et Edmund Phelps), deux économistes de renom (Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI et Nouriel Roubini, célèbre pour avoir annoncé la crise financière avant l'heure-, se sont focalisés sur les divers scénarios que la crise dessine pour le futur. Quelle que soit leur vision, optimiste (celle du FMI) ou pessimiste (celle de tous les autres économistes présents), il leur semble bénéfique de pouvoir compter sur des investisseurs dont l'horizon de placement est le long terme, pour tenter de changer la donne. Les membres du Club souhaitent, par exemple, que soient adaptées à leur spécificité les normes comptables et prudentielles. Ils ont aussi beaucoup parlé du financement des infrastructures qui est un de leurs domaines d'intervention privilégiée. Cela s'est déjà traduit par la création de deux fonds d'investissement dédié, « Marguerite » pour les infrastructures européennes qui doit permettre de rassembler 2 milliards d'euros, et « Inframed » pour celles du bassin méditerranée. Le second, qui est corrélé à l'Union Pour la Mediterranée, doit rassembler 600 millions d'euros pour financer des projets dans une douzaine de pays. Ceux-ci devront être conformes aux critères de « responsabilité sociale et environnementale » énoncés dans les PRI (Principes pour l'Investissement responsable des Nations Unies). Philippe Maystadt, le président de la banque Européenne d'Investissement, a mis en exergue les vertus de l'évaluation de projets sur des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). « Dans le domaine de l'eau, nous avons fait une évaluation des projets financés depuis les années 90 » a-t-il expliqué. « Les plus anciens qui n'ont pas fait l'objet d'analyse de ce type se sont avérés beaucoup moins efficaces que les suivants qui, eux, ont été passés au crible de notre grille ESG.»

Accompagner entreprises et projets industriels sur une ou plusieurs décennies, c'est l'horizon que se donnent les membres de ce Club. Ils ont rappelé que le temps moyen de détention d'actions des entreprises cotées est aujourd'hui de 7 mois, durée qui, selon eux, limite toute intervention sur la gouvernance de ces entreprises. Loin de se cantonner à la zone européenne, cette association se développe
tous azimuts puisqu'elle accueille déjà 6 nouveaux membres : la Caisse de dépôts et de gestion du Maroc, deux fonds souverains, (Mudabala d'Arabie Saoudite et The Investment Corporation de Dubaï), un fonds de pension canadien Omers et deux banques de développement, celles de Chine et de la Fédération de Russie. Ensemble, ces investisseurs représentent 3000 milliards de dollars. Ils ont signé une charte commune qui devrait, à terme contribuer à créer plus de transparence et de coopération entre ces divers acteurs financiers.

A.C. Husson-Traoré
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