Publié le 04 septembre 2014

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Russie 2018 : préparer la Coupe du monde sous embargo

Vladimir Poutine ne veut pas répéter les erreurs de Sotchi. Les délais de construction pour le Mondial 2018 en Russie, pays hôte pour la première fois de son histoire, devront être tenus et le montant des devis respecté. C’est ce qu’il a déclaré lors de son inspection de l’arène du Spartak à Moscou¹, avant son ouverture officielle le 5 septembre. Une revue de détail qui s’est déroulée sur fond de boycott européen et d’incertitudes des entreprises étrangères engagées.

Le président de la FIFA, Sepp Blatters, remet le trophée de la Coupe du monde au vice-Premier ministre russe, Igor Shuvalov, lors de l’attribution officielle de l’événement en 2010.
© AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Retirer à la Russie le droit d’organiser la Coupe du monde en raison des événements en Ukraine. C’est ce que voudraient certains hommes politiques britanniques, américains, allemands et ukrainiens. Mais la Fédération internationale de football (FIFA) ne l’entend pas de cette oreille. Dans un communiqué contre le boycott publié fin juillet, elle estimait au contraire que la Coupe pouvait être "une force pour le bien".

Quant à la question des sanctions susceptibles d’entraver sa bonne marche, "nous ne pouvons pas faire de commentaires concernant des situations hypothétiques", rétorque un porte-parole. "La loi russe sur la Coupe du monde2, unique, offre un cadre juridique robuste et des garanties de livraison, assure de son côté le Comité local d’organisation. Nous n’envisageons pas qu’une ville hôte puisse connaître des problèmes pour se procurer les ressources et l’expertise nécessaires afin de livrer les équipements dans les temps."

 

Mauvais timing pour les sponsors

 

Les sponsors ont néanmoins des raisons de s’inquiéter. Présent depuis dix ans en Russie, avec plus de 1 100 magasins, Adidas "espère une résolution rapide de la situation politique actuelle", refusant de "commenter des spéculations à ce stade". Même si son "engagement sur le marché russe reste inchangé", la marque ouvrira moins de magasins que prévu en raison de l’incertitude régnant sur le marché depuis le début de la crise ukrainienne. Coca-Cola décline toute interview. L’entreprise a déjà retiré début août ses publicités sur quatre chaînes de télévision nationales, pour des motifs officiellement économiques. Deux d’entre elles sont contrôlées par la banque Rossia, soumise aux sanctions, et une autre par le ministère de la Défense. Sponsor officiel, McDonald’s a signé un contrat avec la FIFA jusqu’en 2022. Mais les activités d’une douzaine de ses restaurants viennent d’être suspendues pour plusieurs mois par les services sanitaires russes, un zèle inhabituel coïncidant avec la montée des tensions géopolitiques.

Côté  chantiers, c’est le groupe de construction Stroytransgaz qui pourrait pâtir le plus de la crise. En charge des stades de Volgograd et Nijni-Novgorod, il est sur les listes noires américaine et canadienne, de même que son dirigeant Guennadi Timtchenko, ami intime de Poutine. Mais là encore, le groupe refuse toutes nos demandes d’interview sur le sujet.

Ce sont finalement les entreprises qui opèrent via leur filiale russe, avec un directeur général local, qui s’en tirent le mieux. Pour l’instant. Car "la situation générale est très problématique, la vie au jour le jour devient plus volatile", déplore Gernot Leitner, le PDG du cabinet de conseil autrichien Masterconcept, chargé de modéliser les transports de la ville de Saransk pour les mettre aux normes exigées par la FIFA. "Nous avons eu une expérience similaire durant la crise [russo-géorgienne] de 2008 lorsque nous travaillions pour Sotchi, rappelle-t-il. Mais cela s’était résolu très vite." La crise ukrainienne, elle, s’installe.

 

Les entreprises tricolores sur les rangs

 

Et les entreprises françaises ? Prises dans un étau, elles restent globalement confiantes. Saint-Gobain estime qu’il est trop tôt pour commenter les conséquences des sanctions sur le Mondial. Pour le moment, le groupe se démène pour que les compagnies de design en charge des projets intègrent ses produits dans leurs spécifications. Egalement sur les rangs, Schneider Electric "adapte son travail en Russie aux nouvelles conditions" et n’a pas eu besoin jusqu’à présent d’interrompre les livraisons à ses clients russes.

Coorganisatrice d’un forum réunissant des spécialistes internationaux des services de grands événements sportifs à Saransk les 18 et 19 septembre 2014, IB2C France n’observe pas non plus d’impact majeur. "Seuls les experts polonais ont dû refuser notre invitation, pour des raisons politiques, car ils sont agents administratifs", affirme sa présidente Irina Garnier. Le groupe de restauration collective Sodexo, lui, a finalement renoncé à participer au Mondial car "ce segment n’est pas une priorité" pour l’entreprise en Russie. Elle ne nie pas certaines difficultés dues aux sanctions, qui l’obligent en particulier à développer de nouvelles formes de coopération et à négocier avec des fournisseurs locaux pour minimiser les risques.

Des grands travaux initialement prévus pour la Coupe, comme le projet de TGV devant relier quatre villes hôtes – Moscou, Nijni-Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg –, estimé à 175 milliards de dollars, sont encore en attente. Parmi les principaux candidats figuraient un consortium français autour d’Alstom et allemand autour de Siemens.

Dans un document de travail de l’Union européenne concernant les sanctions contre Moscou, un boycott européen de la Coupe du monde de football de 2018 a été évoqué. Une mesure qui reste encore à l’état de possibilité. Pour le moment.

¹ La Coupe doit se tenir dans 11 villes : Moscou, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Nijni-Novgorod, Kazan, Samara, Saransk, Volgograd, Rostov-sur-le-Don, Sotchi et Ekaterinbourg.

² Loi fédérale adoptée le 7 juin 2013 N 108-FZ.

Jeanne Cavelier, correspondante à Moscou
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