Publié le 10 mars 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Étiquetage nutritionnel simplifié : les industriels veulent imposer leurs règles du jeu

Six géants de l’agrobusiness ont proposé hier, à Bruxelles, la mise en place d’un système d’étiquetage nutritionnel simplifié. Un système fondé sur leurs propres règles. Une façon de "couper l’herbe sous le pied" du gouvernement français, estime l’UFC Que-Choisir. Le ministère de la santé devrait en effet dévoiler à la fin du mois un nouvel étiquetage officiel, mais non obligatoire.

Les résultats de l'expérimentation lancée en mai 2016 par le ministère de la Santé devraient être connus à la fin du mois
Jeff Pachoud / AFP

Changement de tactique chez les géants de l’agroalimentaire. Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsi et Unilever ont annoncé hier vouloir lancer leur propre système d’étiquetage nutritionnel simplifié en Europe. Un système basé sur un code couleur auquel ils se sont toujours opposés. 

Le but ? Officiellement, il s’agit d’"informer les consommateurs sur les niveaux de nutriments et le contenu énergétique global de ce qu’ils mangent et boivent, ce qui leur permet de faire des choix plus sains et de manger et de boire consciemment", écrivent les entreprises dans un communiqué.

Depuis plusieurs années, les associations de consommateurs militent pour que ce "code couleur", du rouge au vert, soit mis en place. Pourtant, selon Olivier Andrault, chargé de mission alimentaire à l’association UFC Que choisir, cette proposition relève de "l’affichage".

 

"Jamais aussi bien étiqueté que par soi-même"

 

Sur le fond, les 6 géants de l’agrobusiness proposent un système dans lequel les quantités de nutriments seront indiquées par "portion" et non sur la base de 100 grammes, comme c’est le cas habituellement. "La portion est déterminée par chaque fabricant. Il y a un risque, assez élevé, que chacun calcule son étiquetage à partir d’une portion plus petite que les habitudes des consommateurs. Dans le seul but de minimiser l’affichage, de passer de la couleur rouge à orange ou d’orange à verte".

"On n’est jamais aussi bien étiqueté que par soi-même", renchérit Michèle Rivasi, députée européenne écologiste. Le logo proposé nous "pseudo informe", estime-t-elle.

 

Éviter des réglementations contraignantes

 

La date de l’annonce pose aussi question. Dans moins d’un mois, la France devrait annoncer les résultats d’une étude comparative de quatre logos différents. "La proposition des industriels est un contre-feu, explique Olivier Andrault. D’une manière générale, l’objectif de l’industrie est d’éviter d’avoir des règlementations contraignantes obligatoires. Ici la volonté est de dire : 'Attendez avant de légiférer. Regardez notre système, on utilise même un code couleur comme vous nous l’avez demandé depuis des années !'"

Selon une récente étude de l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV), la majorité des consommateurs souhaite avoir accès à un étiquetage alimentaire simplifié. 

Marina Fabre
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