Publié le 31 mai 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

À Bruxelles, les organisations patronales continuent leur lobbying contre le climat... et ne reflètent plus la position des entreprises

Sur huit organisations industrielles européennes analysées, sept pratiquent un lobbying pour réduire les ambitions climatiques de l’Union européenne, selon le dernier rapport d’Influence Map. Seule l’association des fournisseurs d’électricité fait figure d'exception tandis que celles sur l’automobile, l’acier, les métaux, le ciment, le raffinage, ne semblent pas avoir saisi l’urgence. Elles se retrouvent surtout de plus en plus en décalage avec les positions des entreprises qui les composent.

Les lobbys industriels qui arpentent les couloirs de la Commission européenne ne reflètent pas toujours les engagements individuels des entreprises.
@ArtJazz

Les associations professionnelles européennes n’avancent pas beaucoup sur la question climatique. Influence Map a passé en revue les pratiques de lobbying de huit groupements industriels actifs à Bruxelles pour évaluer leur soutien ou leur opposition à la stratégie climatique de la Commission. L’association à but non lucratif les a notés de 0 à 100, toute note inférieure à 50 démontrant une opposition aux politiques favorables au climat. Depuis l’accord de Paris en 2015, un seul groupe a révisé ses positions et commencé à adopter un plus grand soutien aux politiques européennes.

C’est Eurelectric, l’organisation qui regroupe les fournisseurs d’électricité (Iberdrola, E.on, EDF, etc.), qui fait figure de bon élève. Influence Map relève notamment qu’Eurelectric a accepté en 2018 de relever les objectifs d’énergies renouvelables pour 2030, quand il était encore fermement opposé à ces énergies alternatives en 2014. L’organisation patronale a obtenu le score climatique de 63 sur 100 de la part d’Influence Map, la meilleure note du lot.

Mauvaise note pour le lobby automobile

De l’autre côté du spectre se trouvent l’ACEA, l’association européenne des constructeurs automobiles, et Business Europe, le Medef européen, qui obtiennent respectivement de petits 32 et 33 sur 100. L’ACEA s’est ainsi distinguée par ses positions véhémentes contre les objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre des automobiles et par son lobbying pour revoir les ambitions européennes à la baisse.

Quant à Business Europe, la fuite sur le mémo interne dévoilant le double visage de l’organisation – pour les déclarations en faveur du climat tant qu’elles ne sont pas contraignantes et fermement contre le reste – fait sérieusement chuter sa note. Les cinq autres organisations patronales industrielles analysées (chimie, métaux, ciment, raffinage, acier) ne font pas beaucoup mieux, avec des notes s’étalant entre 36 et 42 sur 100.

Décalage entre les entreprises et leurs associations

Le plus surprenant vient du fait que les positions des lobbys européens ne reflètent pas totalement la réalité du terrain. Selon le rapport, "cette attitude contraste avec la reconnaissance et le soutien grandissants pour des réglementations climat plus strictes de la part des entreprises et souligne le mauvais alignement entre les entreprises et leurs associations professionnelles sur le climat".

Poussées par la pression des citoyens ou de la réglementation, les entreprises semblent donc plus sensibles au risque climatique et commencent à prendre des mesures. Alors que leurs organisations représentatives à Bruxelles continuent de défendre des positions anciennes.

Ce décalage entre les entreprises et leurs représentants fait de plus en plus souvent l’objet de questionnements de la part des investisseurs responsables. En 2018, une coalition d’investisseurs menés par l’Église d’Angleterre et le fond de pension suédois AP7 a interrogé 55 entreprises européennes sur la cohérence entre leurs engagements climatiques et ceux de leur association professionnelle. BMW, BP, ArcelorMittal faisaient partie des entreprises interrogées. Confronté au même genre de pression, la compagnie minière BHP Billiton avait annoncé fin 2017 son retrait de l’Association mondiale du charbon.

Arnaud Dumas @ADumas5


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