Publié le 24 janvier 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Jean-Dominique Senard, le nouveau patron de Renault qui roule pour une vision humaniste de l’entreprise

Après la démission de Carlos Ghosn, le conseil d’administration de Renault s’est réuni ce 24 janvier pour nommer ses successeurs. L’ancien numéro 2 de la marque, Thierry Bolloré, assurera la direction générale exécutive, Jean-Dominique Senard devient président non exécutif. Présenté comme l’anti-Ghosn, ce dernier devrait insuffler à Renault sa vision d’un capitalisme responsable.

C’est l’anti-Ghosn. Discret, affable et marqué par une vision humaniste de l’entreprise, Jean-Dominique Senard, fait figure de successeur parfait pour faire oublier les déboires de l’ancien patron de Renault. Il a notamment les faveurs du principal actionnaire du constructeur, l’État, et de Bercy qui y voit le symbole du nouveau capitalisme à la française.

Une vision commune d’un capitalisme responsable

L’État, actionnaire de référence de Renault avec 15,01 % du capital, a poussé avec insistance la candidature de Jean-Dominique Senard. Il fera "un excellent président", a assuré à plusieurs reprises le ministre de l’Économie et des Finances français, Bruno Le Maire. Les deux hommes ont notamment montré leurs convergences idéologiques dans le cadre de la loi Pacte, actuellement examinée en première lecture au Sénat.

L’ex-patron de Michelin, reconnu auprès des partenaires sociaux pour ses positions sur un capitalisme responsable, a nourri le volet transformation de l’entreprise de la loi, via le rapport qu’il a co-écrit avec Nicole Notat sur "l’entreprise, objet d’intérêt collectif". Il y défend la vision d’une entreprise ayant un rôle sociétal, intégrant les enjeux sociaux et environnementaux, mais aussi plus ouverte sur un dialogue avec ses parties prenantes et ses salariés.

Une "conception sociale de l’entreprise" qui résonne avec celle portée par le ministre de l’Économie. Dans le cadre de la présidence française du G7, celui-ci entend porter une vision différente du capitalisme "luttant contre les inégalités et n’altérant pas la planète, où les activités des entreprises doivent avoir du sens et la fiscalité orientée là où se crée la valeur".  

Une reconnaissance qui crée aussi des attentes chez les syndicats. Saluant les "prises de positions innovantes" du dirigeant en matière sociale, le syndicat souhaite "une approche sociale et environnementale renforcée", ainsi qu'une évolution de "l'objet social de l'entreprise" dans "l'intérêt" de toutes les parties prenantes, "en particulier les salariés" chez le constructeur automobile.

Une compétence reconnue dans le secteur automobile

Autre atout, la cohérence de son parcours. Celui-ci est jalonné par des postes financiers puis managériaux, au sein des grands groupes industriels français : Total, Saint Gobain ou Pechiney, avant d’arriver en 2005 à la tête de Michelin.

"[Il] a une compétence reconnue dans le secteur automobile. Chez Michelin, il a démontré sa capacité à réussir à la tête d'un grand groupe", assure ainsi Bruno Le Maire, dans l’édition du 20 janvier du Journal du dimanche.

Au sein de Michelin, Jean-Dominique Senard est effectivement reconnu pour avoir mené de grands chantiers de transformation, à la fois dans le management (avec une forte implication des salariés mais aussi des parties prenantes) et au niveau stratégique. Il a impulsé la définition d’une raison d’être de l’entreprise, le virage de l’économie circulaire ou la révolution numérique.

La firme de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) est un bon pourvoyeur de talents pour la marque au losange. Plusieurs dirigeants de Renault sont passés par la case Michelin, Carlos Ghosn lui-même y ayant travaillé 18 ans.

Une vision collective pour une nouvelle gouvernance

La capacité à l’ouverture et au jeu collectif de Jean-Dominique Senard sera déterminante pour faire fonctionner la nouvelle gouvernance de Renault incarnée par le tandem formé avec Thierry Bolloré comme directeur général. De quoi répondre aux critiques portées contre la concentration du pouvoir de l’ère Ghosn.

Au-delà de la marque au losange, c’est aussi l’avenir de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubichi qui est en jeu. Le ministre de l’Économie l’a dit et répété : "le rôle du président de Renault sera, selon l'État actionnaire, de s'assurer du renforcement de l'alliance entre Renault et Nissan, ce qui est absolument stratégique", a-t-il expliqué.

 Béatrice Héraud @beatriceheraud

  


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