Publié le 19 août 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

En 40 ans, les grands patrons américains se sont augmentés de plus de 900 %

La rémunération des patrons des 350 plus grandes entreprises des États-Unis a bondi de 940 % entre 1978 et 2018 quand celle d'un employé moyen n'a avancé que de 12 % et que la Bourse elle-même n'a augmenté "que" de 700 % sur la même période, selon l'enquête d'un institut d'études.

En 40 ans, la rémunération des grands patrons a été multiplié par 9,4.
@ERthui1979

En 2018, la rémunération d'un grand patron était 221 fois supérieure à celle d'un employé moyen, marquant un écart de plus en plus important au fil des ans, selon cette étude annuelle de l'Economic Policy Institute (EPI), qui conclut que cette hausse des rémunérations au sommet a été le moteur de la croissance des inégalités aux Etats-Unis.

Des chiffres qui sont certains d'alimenter le débat politique avant les élections de novembre 2020, y compris dans le camp démocrate où les tenants de l'aile gauche du parti s'affrontent durement avec les centristes. L'institut, plutôt marqué à gauche, rappelle qu'en 1989, un PDG était payé 58 fois plus qu'un employé moyen et seulement 20 fois plus en 1965.

"Cette escalade de la rétribution des PDG a nourri le gonflement des revenus des 1 % les plus riches, laissant moins de fruits de la croissance aux travailleurs ordinaires et creusant le fossé entre les très riches et les 90 % qui sont au bas de l'échelle", déplorent les auteurs de l'étude, Lawrence Mishel et Julia Wolfe.

Les plus hauts salaires suivent

En 2018, ces grands patrons ont en moyenne touché 14 millions de dollars. Ces chiffres se comprennent en tenant compte des options d'achats d'actions réalisées. Elles représentent en général deux tiers de la rémunération d'un dirigeant d'entreprise aux Etats-Unis, selon l'EPI.

Si les compensations financières des grands patrons ont tiré vers le haut les salaires des cadres aux rémunérations les plus élevées (+339,2 % entre 1998 et 2017), l'écart de croissance montre toutefois que "la paye des PDG est plus probablement basée sur le pouvoir des dirigeants à fixer leur propre salaire, que sur un marché aux meilleurs talents", souligne l'EPI.

L'institut propose quelques pistes pour réduire les inégalités : un taux d'imposition sur le revenu plus élevé pour les grands patrons, un impôt sur les entreprises où l'écart entre la rémunération du PDG et celle de l'employé moyen est le plus criant ou encore une taxe de luxe sur la rémunération qui forcerait à payer un dollar d'impôt pour chaque dollar supérieur à un certain seuil de compensation.

La question de la rémunération des grands patrons et de leur compensation financière est loin d’être absente en France. La saison des Assemblées générales de 2019 a mis en avant des anomalies chez Renault avec Carlos Ghosn, chez Technio avec le départ de Thierry Pilenko, ou la retraite chapeau de Thierry Enders chez Airbus. Le code Afep-Medef sur les rémunérations des dirigeants semble atteindre ses limites et le ministre de l’Économie Bruno Le Maire entend réguler les pratiques à l’avenir.

Ludovic Dupin avec AFP


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