Publié le 08 janvier 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Carlos Ghosn ou la théorie du complot à haut niveau

La conférence de presse tenue par Carlos Ghosn dans son refuge libanais est le dernier épisode du feuilleton dont il est le héros. Le temps d'une conférence de presse il est redevenu ce que ni son incarcération ni sa cavale n'ont réussi à effacer : le grand patron tout-puissant ! Un grand patron menacé de toute part, à en croire son argumentation.

Ghosn
Le 8 janvier, Carlos Ghosn a tenu une conférence de presse de plus de deux heures suite à sa fuite du Japon.
@CaptureCNews

La saga Ghosn connaît un nouvel épisode où il incarne cette fois le rôle du persécuté, nouvelle dimension de son parcours hors norme de grand patron déchu. Pendant plus de deux heures, l'ancien patron de l'Alliance Renault Nissan a utilisé la tribune médiatique qui lui était offerte pour laver son linge sale judiciaire. Il a expliqué que, victime du complot ourdi contre lui par Nissan avec la complicité de la justice japonaise, il n'avait qu'une alternative : s'enfuir pour revoir sa femme en toute liberté et récuser toutes les charges retenues contre lui.

"Ce sont des responsables de Nissan et du ministère public japonais qui sont à l'origine de mon calvaire", assure-t-il. Et d'ajouter : "Quand j'ai demandé à mes avocats (…) ils ont dit qu'ils craignaient que cinq ans s'écoulent peut-être au Japon avant que je n'obtienne un verdict. J'ai pensé : tu vas mourir au Japon ou tu vas devoir quitter ce pays".

Un goût amer

Il a abordé tous les chefs d'accusation,  y compris l'affaire du dîner de Versailles documents à l'appui pour les balayer comme de purs mensonges. Il se dit prêt à répondre à toutes les justices du monde sauf celle du Japon. II oublie ainsi au passage qu'en matière pénale, on doit être jugé dans le pays où les délits ont été commis. En revanche pas de détails sur les conditions de sa rocambolesque fuite qui relève du film d'espionnage.

Sur les raisons qui auraient poussé Nissan à vouloir faire tomber de son piédestal, il avance pour unique raison celle du mariage entre Renault et Nissan mal accepté par les dirigeants nippons. "La montée au capital de l'État français chez Renault (en 2016, ndr) a laissé un goût amer chez Nissan et au sein du gouvernement japonais. C'est là que la défiance a commencé", répétera-t-il plusieurs fois.

Étrange destin que celui de Carlos Ghosn qui relève aujourd'hui plus de la série d'espionnage. Le groupe Renault avait d'ailleurs été confronté sous son règne à une très étrange affaire de vrais faux espionnages. Le livre enquête qui en a été tiré s'appelle d'ailleurs "Renault Nid d'espions". Carlos Ghosn fait en tous cas concurrence à James Bond, une première pour un ancien dirigeant du CAC 40 !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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