L’État, actionnaire de référence de Renault, s’est enfin engagé dans la succession de Carlos Ghosn à la tête du constructeur. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a demandé que soit mise en place "une gouvernance stable et pérenne". Remplacer celui qui est devenu la figure emblématique des dérives d’un mode de gouvernance où la culture du chef limite tout contre-pouvoir, devrait être acté lors d’une réunion du comité de nomination dans la semaine.

[Actualisation le 21 janvier 2019] Le comité spécial pour améliorer la gouvernance de Nissan a pointé "la concentration des pouvoirs" comme principal problème, dimanche 20 janvier. Lors d’une conférence de presse, son président, juriste de formation, a déclaré : "une concentration excessive d’autorité dans les mains d’une seule personne, c’est ce qui a mené à cette situation. Pourquoi les actes de Carlos Ghosn n’ont-ils pas été stoppés sur une aussi longue période?". "A l’évidence, les contrôles ne fonctionnaient pas. Quel système doit-on mettre en place?", a questionné le co-président du comité. 

Après une série de révélations sur la gestion dispendieuse de Carlos Ghosn aux dépends de Nissan, le ministre de l’Économie et des Finances français a posé sur la table la question du remplacement du PDG star le 17 janvier 2019. Soit quasiment deux mois après sa révocation par Nissan.
Il a fallu du temps pour cesser de brandir la présomption d’innocence face aux interrogations sur les dérives d’un mode de gouvernance permettant à un homme de régner sans partage sur deux entreprises mondiales alliées.
Concentration de tous les pouvoirs
Comme le rappelle Olivier de Guerre, président de PhiTrust, "Carlos Ghosn, avec l’aval du conseil d’administration de Renault, avait concentré tous les pouvoirs chez Renault et Nissan. Les dérives malheureuses qui se seraient produites, si les faits qui lui sont reprochés sont avérés, auraient probablement pu être évitées avec un contrôle effectif de la direction générale."
Viviane de Beaufort, professeure à l’ESSEC et Directrice de Centre Européen de Droit Economique (CEDE) renchérit : "L’affaire Carlos Ghosn est révélateur d’un mal beaucoup plus profond", explique cette spécialiste de la gouvernance. "Si, sur le papier, les règles s’améliorent, en pratique la culture du chef tout puissant empêche le conseil d’administration de jouer son rôle et d’exercer ses responsabilités. Les administrateurs doivent questionner et challenger le dirigeant. Visiblement ce n’était pas le cas mais Renault-Nissan est loin d’être un cas isolé."
L’autre contre-pouvoir possible est celui des actionnaires qui peuvent exercer leurs droits lors des Assemblées Générales. Pour Viviane de Beaufort, le mouvement existe déjà mais il faut l’encourager. "Je crois beaucoup au pouvoir d’un engagement actionnarial actif et constructif qui pousse les entreprises dans le bon sens. Ça commence mais le mouvement est encore timide."
Renforcer l’engagement actionnarial
De son côté, Olivier de Guerre a d’ores et déjà lancé un appel à la mobilisation des actionnaires pour qu’ils rétablissent "une gouvernance équilibrée dans le groupe Renault en introduisant la séparation des fonctions, en passant d’une société à conseil d’administration à une société avec un conseil de surveillance dont tous les nouveaux membres, nommés par les actionnaires, auront des compétences et une indépendance reconnues !
Malgré les contestations à répétition de sa rémunération, d’autant plus élevée qu’il cumulait deux postes de direction à très haut niveau, Carlos Ghosn avait réussi à jouer sur l’Alliance pour construire une monarchie absolue. Sa chute menace la construction de l’ensemble. De cette crise sans précédent, il faut espérer que sera tirée une leçon de gouvernance permettant de mettre fin au mythe de l’homme providentiel sans qui tout s’effondre. Le cas Carlos Ghosn montre a contrario la fragilité d’un système où la toute-puissance du patron est en fait le risque même de l’effondrement.
Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic 

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