Publié le 28 janvier 2011

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Neste Oil et AngloGold « vainqueurs » des Public Eye Awards

53 329 votes exactement pour la remise des Public Eye Awards cette année. Depuis 2000, ce prix décerné aux « pires multinationales » lors du Forum économique de Davos a gagné en notoriété pour devenir un rendez-vous incontournable des ONG.

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Les chefs d'entreprises préoccupés par « la guerre des talents »

L'étude mondiale de PwC sur les priorités des chefs d'entreprise présentée lors du Forum économique mondial de Davos, montre que le niveau de confiance est quasiment équivalent à celui d'avant-crise. Cette confiance s'avère globalement plus forte dans les économies émergentes que dans les pays développés . Les chefs d'entreprise d'Europe occidentale sont les moins confiants : 39 % de très confiants à court terme contre 47 % en Amérique du Nord et 54 % en Asie Pacifique. L'Allemagne se démarque puisque près de 80 % des dirigeants s'y déclarent très confiants contre 20% l'an passé. En France et au Royaume Uni, 27 % seulement se déclarent très confiants. Parmi les menaces pour leur activité, 56 % des chefs d'entreprise citent la pénurie de compétences, suivie des hausses d'impôts (55 %) et de l'évolution permanente des comportements des consommateurs (48%). L'Asie-Pacifique, l'Europe centrale et orientale, le Moyen-Orient et l'Afrique se montrent particulièrement préoccupés par la pénurie potentielle de talents. Au point que la gestion des talents arrive en tête des « bouleversements stratégiques » (83 %), suivie, par la gestion des risques (77 %), les décisions d'investissement (76 %) et les réorganisations (74 %).

Parallèlement au World Economic Forum de Davos, la cérémonie des Public Eye Awards organisée chaque année par l'ONG suisse la Déclaration de Berne et par Greenpeace, a remis le « Global Award » (le prix du jury) et le « People's Award » (le prix du public) pour 2011. Après Joseph Stiglitz en 2010, l'invité d'honneur était cette année le parlementaire européen Richard Howitt, intervenant sur les initiatives politiques actuelles visant à renforcer la responsabilité sociale des entreprises.

L'entreprise minière sud-africaine AngloGold Ashanti, accusée « d'empoisonner la terre et les habitants du Ghana dans le cadre de ses activités d'extraction de l'or » a remporté le Global Award. « Même si les conséquences environnementales et sociales de l'activité minière de l'entreprise ont été largement documentées par les autorités ainsi que par des ONG et par AngloGold elle-même, la situation s'est aggravée ces dernières années », expliquent les ONG. La promesse en faveur d'une exploitation plus respectueuse des personnes et de l'environnement, faite en 2004 par la compagnie sud-africaine, est malheureusement restée lettre morte. Les accusations des ONG sont graves : « AngloGold Ashanti se montre tout aussi incorrigible en matière de respect des standards sociaux minimaux et de protection des droits humains. L'entreprise possède ainsi sur place un réseau de postes de garde, où l'on observe régulièrement des cas de torture, d'usage injustifié d'armes à feux et de morsures par des chiens de combat » .
AngloGold Ashanti, dans un récent classement des entreprises minières établi par les services de l'environnement de l'Etat ghanéen, avait reçu la plus mauvaise note dans le domaine de la responsabilité sociale et environnementale.

L'ONG suisse la Déclaration de Berne ne manque pas de souligner par ailleurs que « la Suisse est la principale plaque tournante du marché international de l'or. En 2009, 2170 tonnes d'or ont été importées dans le pays, ce qui constitue un record. Malheureusement les autorités du pays ne se préoccupent pas de connaître l'origine et les conditions d'extraction de ce minerai ».

Le finlandais Neste Oil et l'huile de palme

Second prix, celui du public -People's Award-, a été décerné à la compagnie pétrolière finlandaise Neste Oil, qui devrait devenir le plus gros acheteur d'huile de palme et le principal producteur d'agrocarburants au monde : 2,5 millions de tonnes d'huile de palme, soit 5 % de la production mondiale, pour son diesel. « A l'heure actuelle, elle vend déjà dans toute l'Europe le « Neste Green Diesel ». Une appellation trompeuse, s'agissant d'un diesel à base d'huile de palme », indiquent les ONG. Par ailleurs, « l'entreprise affirme que l'huile de palme achetée auprès d'IOI [son fournisseur malaysien] respecte les critères de durabilité. IOI est cependant impliqué dans des coupes illégales de bois, du défrichage par brûlis ainsi que dans la destruction de l'habitat des Orangs-Outangs ».
Nommés dans la catégorie prix du public, BP et Philip Morris arrivent en 2ème et 3ème place. BP était cité pour la marée noire du printemps 2010 et ses activités dans l'exploitation des sables bitumineux canadiens ; le producteur de tabac Philip Morris, pour avoir porté plainte auprès d'une instance de la Banque Mondiale contre l'Uruguay et sa politique de prévention du tabagisme. Le pays avait en effet décidé de faire figurer des messages de prévention sur les paquets de cigarette à hauteur de 85% de la surface des paquets, il l'a finalement réduite à 65% sous la pression de la multinationale du tabac.

"Pour un cadre réglementaire et contraignant"

Au-delà de cette cérémonie fondée sur le « Naming and Shaming », les Public Eye Awards cherchent surtout à faire avancer les initiatives politiques pour un cadre légal et contraignant sur la responsabilité sociale des entreprises. « La société civile salue donc les lignes directrices du travail du Représentant spécial de l'ONU pour la question des droits de l'homme, des sociétés transnationales et autres entreprises, le professeur John Ruggie. Celles-ci comprennent la protection des individus par les états, le respect des droits humains par les entreprises et l'aide juridique aux victimes. Ce cadre de travail sera entériné en 2011 par le Conseil des Droits de l'Homme. Ces efforts doivent aboutir à ce que les entreprises ne puissent échapper au « Naming and Shaming », seulement si elles s'astreignent à une discipline de transparence, le « Knowing and Showing ».

Au niveau européen, la coalition European Campaign for Corporate Justice/ ECCJ (voir articles liés) mène une campagne relayée dans une quinzaine d'états membres pour obtenir une réglementation sur les impacts sociaux et environnementaux des multinationales dans les pays en développement.

Véronique Smée
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