Publié le 30 janvier 2012

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Les Public Eye Awards attribués à Vale et Barclays

L'édition 2012 des Public Eye Awards s'est déroulée comme chaque année à l'occasion du Forum économique de Davos qui s'est tenu du 25 au 29 janvier. Ces « prix de l'irresponsabilité » et de « la honte »sont marqués par la catastrophe de Fukushima, la spéculation sur les denrées alimentaires et le méga-barrage de Belo Monte au Brésil.

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J. Sitglitz lors de la remise des Public Eye awards

La Déclaration de Berne (DB) et Greenpeace Suisse, accompagnés pour la deuxième fois du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, ont décerné le prix du public à l'entreprise Vale (25 000 voix sur 88 000 votants), « entreprise dont la participation au projet du barrage de Belo Monte n'est que le dernier chapitre d'une histoire continuellement marquée par un comportement particulièrement irresponsable », soulignent les ONG. Publiée le jour des Public Eye Award, l'étude de Friends of the Earth sur Vale dénonce par ailleurs les impacts climatiques du groupe, dont les émissions de GES ont augmenté d'un tiers en 2010 par rapport à 2007 (20 millions de tonnes de CO2 en 2010), alors que le groupe s'était engagé à réduire son bilan carbone.
Le deuxième plus grand groupe minier et le premier producteur de minerai de fer au monde participe à ce projet controversé depuis deux ans et qui a été stoppé en septembre dernier par la justice brésilienne. « La réalisation de ce projet va forcer près de 40 000 personnes à quitter leurs lieux de vie, sans avoir été consultées et sans recevoir la moindre compensation, soulignent les ONG. Dans la région, 80% des fleuves seront détournés pour le barrage, inondant une surface équivalente à celle du Lac de Constance. Les conséquences pour les populations indigènes et pour les écosystèmes seraient désastreuses ». Pour autant, le projet se poursuit malgré la forte opposition locale et internationale. D'une puissance prévue de 11 200 mégawatts, Belo Monte constitue en effet un pilier du développement énergétique du Brésil, qu'il doit alimenter à hauteur de 10%.

Spéculation

Le Public Eye Global Award, remis par le Jury, a été attribué au groupe bancaire Barclays pour « son activité de spéculation sur les produits alimentaires, qui affiche la plus grande croissance du secteur, indiquent les ONG. Cette activité fait grimper le prix des produits alimentaires aux dépens des plus pauvres ». Contactée par swissinfo.ch, la porte-parole de la banque britannique Aurélie Leonard a réagi en indiquant qu'« un nombre considérable d'études ont démontré que les flux financiers ont un impact minime, sinon nul, sur les variations des prix». « Les facteurs qui influencent les prix des denrées alimentaires sont complexes et multiples, des conditions météorologiques extrêmes, en passant par les interdictions d'exportation jusqu'à l'augmentation de la demande de la part des marchés émergents», s'est défendue la porte-parole.

Enfin, le groupe Tepco est arrivé en 3ème position des votes, épinglé pour sa responsabilité et sa gestion de la catastrophe de Fukushima. « Public Eye est notre chance de montrer aux dirigeants des entreprises, aujourd'hui si proches de nous à Davos, que l'humanité et l'environnement ont le droit de se faire entendre, que nous sommes leur voix et que nous ne nous tairons pas », conclut Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International et membre du jury des Public Eye Awards. Au-delà du « name and shame » voulu par ces prix, les organisateurs continuent à militer pour une régulation des activités des multinationales comme l'a rappelé Joseph Stiglitz : « Ce dont nous avons besoin, ce sont des améliorations systémiques : inciter la création de structures, de cadres légaux, et augmenter nos attentes et nos demandes envers les entreprises, en tant que citoyens du monde. Ce n'est qu'à partir de ce moment que nous pourrons espérer vivre dans un monde où les pratiques de commerce durable et équitable seront la norme et non l'exception ».

Véronique Smée
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