Publié le 27 avril 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le vote inédit des actionnaires de Bayer contre la direction après le rachat de Monsanto

Totalement dépréciée en bourse, mise en danger par de multiples affaires judiciaire sur le glyphosate, l’entreprise Bayer est en train de payer très cher le rachat de l’américain Monsanto. Lors de l’Assemblée générale du groupe, les actionnaires en sont venus à voter contre la direction, désavouant complètement la stratégie du PDG qui a sous-estimé les risques associés à cette fusion.

L'Assemblée général de Bayer à Bonn le vendredi 26 avril a duré 13 heures.
@GuidoKirchner/DPA

Lors de l’Assemblée générale du groupe vendredi 26 avril, les actionnaires de Bayer ont infligé au groupe chimique allemand un rare désaveu en votant contre sa direction. Cela fait suite au très coûteux rachat de Monsanto en juin 2018. Les investisseurs ont rejeté à 55,5 % les "actions du directoire". Le scrutin n'est pas contraignant pour Bayer, mais contraste fortement avec le plébiscite accordé l'an dernier encore à la direction, avec 97% d'approbation.

La réunion s’est déroulée pendant treize heures à Bonn dans un climat inhabituellement houleux, à la fois dans la salle et à l’extérieur alors que plusieurs centaines de manifestants écologistes protestaient contre les effets des néonicotinoïdes "tueurs d'abeilles" et du glyphosate, des produits dans le catalogue de Monsanto. .

Les investisseurs sont alarmés par la chute de près de 40 % du cours de Bourse de Bayer depuis le rachat de Monsanto, à mesure que s'accumulaient les ennuis judiciaires. L'année écoulée "a été un cauchemar pour les actionnaires" et "le cours de Bourse nous promet des nuits sans sommeil", a déploré Mark Tümmler, de la fédération d'investisseurs DSW.

Un risque sous-estimé

Le patron Werner Baumann a une nouvelle fois défendu son pari historique de débourser 63 milliards de dollars pour le géant des semences et des OGM, après deux ans d'efforts pour convaincre les autorités de la concurrence. À long terme, Bayer table sur le soutien croissant de la chimie à l'agriculture pour nourrir une population mondiale toujours plus nombreuse, alors que le changement climatique perturbe déjà les terres arables.

Pour Wermer Baumann, la pertinence économique du mariage reste intacte, puisque le groupe fusionné détient "des activités leader dans la protection chimique et biologique des récoltes, les semences conventionnelles et biotech, et l'assistance numérique à l'agriculture". Mais la lune de miel des deux groupes a coïncidé avec deux condamnations retentissantes prononcées aux États-Unis en raison du caractère "cancérogène" de RoundUp. Dans le premier cas, pour lequel Bayer a fait appel, la condamnation s’élève à 81 millions d’euros… et 13 400 requêtes similaires sont en cours.

"La direction de Bayer a totalement sous-estimé les risques juridiques de son accord avec Monsanto", critiquait vendredi Janne Werning, du fonds Union Investment, citée par l'agence allemande DPA. Cette pluie de procédures fait "porter une lourde charge à notre compagnie et inquiète de nombreuses personnes", a d'emblée concédé le PDG de Bayer, qui demeure pourtant "optimiste" sur le front judiciaire.

Un géant transformé en nain

Bayer espère que les cours d'appel saisies dans les deux premiers dossiers américains "rendront des décisions différentes", "basées sur l'analyse scientifique et non sur l'émotion", a plaidé le dirigeant.

 

Depuis sa déconfiture boursière, l'inventeur de l'aspirine n'est plus valorisé qu'à 57 milliards d'euros environ, soit à peine moins que le prix consenti pour avaler sa cible. "En l'espace de deux ans, l'ancien géant pharmaceutique s'est mué en nain", et risque désormais "d'être absorbé et démantelé" par un prédateur, s'inquiète Ingo Speich, de la banque Deka. Pour Werner Baumann, la désaffection actuelle des investisseurs pour le titre est "exagérée" et ne reflète pas la "valeur réelle" du groupe.

Du côté de l’ONG de SumOfUS qui a mené de nombreuses actions en marge de l’Assemble générale, on se réjouit de ce vote "totalement inattendu", malgré les recommandations de plusieurs agences en conseil de votes, dont Glass Lewis, de ne pas voter les décisons de la direction.

Pour Anne Isakowitsch, responsable de campagnes, "La quête impitoyable de profits de Baumann rend de plus en plus d'actionnaires mal à l'aise. Le vote d'aujourd'hui est sans précédent et plus qu'un simple avertissement pour la direction de Bayer, c'est un signal d'alarme. Bayer était autrefois une entreprise réputée pour guérir les gens de la maladie - aujourd'hui, avec l'acquisition de Monsanto, elle va être connue comme la multinationale qui empoisonne les gens".

Ludovic Dupin avec AFP


© 2023 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Entreprises controversées

Quand elles commettent des violations graves et répétées de conventions internationales, les entreprises sont dites controversées. Cela signifie qu’elles peuvent être mises sur des listes noires d’investisseurs et attaquées par des ONG sous des formes diverses.

Publicite marques logo surconsommation istock Onur Hazar Altindag

Comment Sleeping giants mine les revenus publicitaires des médias controversés

Ce sont des lanceurs d'alerte. Les Sleeping Giants, les "géants endormis", interpellent depuis des années les entreprises qui, parfois malgré elles, ont payé un espace de publicité dans des médias controversés tels que CNews ou Valeurs Actuelles. Ce collectif de bénévoles anonymes a réussi à...

Ecole polytechnique palaiseau

LVMH renonce finalement à installer son centre de recherche sur le campus de Polytechnique

Et de deux. Après Total Énergies, il y a un an, LVMH recule à son tour. Le géant du luxe ne va finalement pas installer son centre de recherche sur le campus de Polytechnique au centre du plateau de Saclay. Le projet avait entraîné une levée de boucliers de la part d’élèves et d’anciens élèves,...

Football noel le graet FRANCK FIFE AFP

Football : Le Graët tombe face à l'affaire Zidane, mais pas face au harcèlement sexuel

Il aura fallu Zizou pour que Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF), tremble. Accusé depuis des mois de harcèlement sexuel, c'est une formule "irrespectueuse" envers la légende Zinédine Zidane qui a conduit à la mise en retrait du patron de la Fédération. Malgré des...

Ocean pollution plastique istock panaramka 01

Plastique : Danone assigné en justice sur son devoir de vigilance

C'est une assignation inédite pour Danone. Trois ONG ont déposé un recours contre le géant de l'agroalimentaire pour non-respect du devoir de vigilance. Elles considèrent que l'entreprise n'a pas répondu à ses obligations en ne déployant pas une stratégie de déplastification. Une critique réfutée...