Publié le 29 avril 2021

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le PDG de Total visé par une plainte pour "prise illégale d'intérêt" à l'école polytechnique

Au cœur des dissensions : l'implantation d'un centre de recherche Total de 10 000 m2 au milieu du campus de l'École polytechnique à Saclay. Des protestations d'élèves et anciens élèves avaient cours depuis longtemps, mais l'angle d'attaque change. Trois associations, dont celle qui regroupe les anciens élèves de l'école, ont déposé plainte contre le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, pour prise illégale d'intérêt. Elles craignent une tentative de lobbying. Total s'est fermement opposé aux accusations.

Campus polytechnique saclay @Jean Duhamel
Campus de l'École polytechnique, à Saclay (Essonne).
@Jean Duhamel

"Total ne fait pas du X [nom de l'École polytechnique] par hasard", lit-on sur la pancarte d'un activiste de Greenpeace lors d'une manifestation le 12 mars à Saclay (Essonne). Trois associations opposées à l'implantation d'un bâtiment de Total sur le campus de Polytechnique ont annoncé avoir déposé une plainte le 22 avril contre le PDG du groupe Patrick Pouyanné, qui siège au conseil d'administration de la prestigieuse école d'ingénieurs, l'accusant de conflit d'intérêts.

Les ONG Greenpeace, Anticor et l'association d'anciens élèves de l'École Polytechnique, la Sphinx, dénoncent, auprès du tribunal judiciaire de Paris une "prise illégale d'intérêts", selon un communiqué. Elles reprochent au PDG de Total, nommé au conseil d'administration de Polytechnique en septembre 2018, d'avoir entretenu la confusion entre son mandat d'administrateur de l'école et celui de PDG du groupe pétrolier Total lors des débats sur la création d'un centre de recherches au cœur du campus universitaire. L'implantation de ce bâtiment de 10 000 m2, devant accueillir 400 personnes pour travailler sur la "décarbonation des énergies", est contestée par une partie des élèves et des professeurs de Polytechnique.

Une crainte de lobbying

Les associations y voient une "ingérence du privé" au sein d'une école ayant pour mission de "former des ingénieurs au service de l'intérêt général" et des risques de lobbying de la part du géant des hydrocarbures. "Durant son mandat, Patrick Pouyanné a pris la parole en conseil d'administration au nom de Total pour exprimer l'avis de l'entreprise sur le projet et des préférences très nettes concernant l'emplacement, la rapidité de réalisation, et le refus d'abandon du projet malgré la contestation par des étudiants et des professeurs", dénoncent les associations dans leur communiqué.

Or, "le lieu d'implantation finalement retenu" en juin 2020 "correspond, avec un léger déport, au choix favorisé par Patrick Pouyanné lorsqu'il s'est exprimé au nom de Total", observent-elles, ajoutant par ailleurs que certains autres administrateurs de l'École pourraient être soupçonnés de "complicité" de prise illégale d'intérêts.

Greenpeace a parallèlement lancé depuis fin mars une série sur les réseaux d’influence de Total "L’emprise Total : le pouvoir silencieux du géant du pétrole". L’ONG a dévoilé le deuxième épisode le 21 avril : "Grandes écoles : l’antichambre de Total", où ils accusent le groupe d'opérer du lobbying auprès des étudiants et d'orchestrer une mainmise sur les élèves les plus brillants.

La réponse de Total

De son côté, Total nie fermement les accusations. "Patrick Pouyanné s'est toujours récusé et n'a jamais pris part aux décisions du conseil d’administration de l'école polytechnique concernant Total. Il est sorti de la salle à chaque fois avant les délibérations et décisions sur le sujet", a de son côté réagi un porte-parole du groupe dans une déclaration transmise à l'AFP. 

"Avant le tour de table entre les administrateurs et les délibérations, le président du conseil d’administration de l'école polytechnique a invité Patrick Pouyanné à s'exprimer en tant que Président de Total sur le sujet. Ce qu'il a fait de manière brève et factuelle avant de quitter la réunion", a-t-il précisé. Les travaux doivent débuter en juillet prochain à Saclay.

L'association la Sphinx a en outre déposé en septembre une requête en annulation de la délibération devant le tribunal de Versailles, qui est en cours d'instruction.

 Pauline Fricot, @PaulineFricot  avec AFP 


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