Le secteur pétrolier est en pleine révolution. Bousculées sur le changement climatique, certaines compagnies s’adaptent au risque carbone. Shell, puis BP ont appelé leurs actionnaires à soutenir la résolution sur le changement climatique, déposée par 150 investisseurs. Elles reconnaissent ainsi qu’elles doivent s’expliquer sur la stratégie à déployer pour répondre à la nécessité de baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre générées par leurs activités.

"Un tournant dans l’engagement actionnarial sur le changement climatique entre les investisseurs et les compagnies pétrolières."
C’est ainsi qu’Edward Mason, en charge de l’investissement responsable (ISR) pour les commissions des églises britanniques, commente la décision de Shell et de BP d’appeler leurs actionnaires à soutenir la résolution à laquelle il a participé.
Déposée en vue de leur prochaine assemblée générale au printemps, elle demande aux deux groupes des explications sur leur stratégie d’adaptation au changement climatique, ainsi que des engagements assortis d’indicateurs de mesure sur la diminution de leurs émissions.
"Cette façon positive d’accueillir notre initiative est sans précédent", ajoute-t-il. Les deux compagnies pétrolières ont en effet surpris les observateurs. Mais la notion de risque carbone a pris une telle ampleur que cela change la donne.
Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à faire entendre leurs inquiétudes sur les risques financiers que représente le changement climatique. Il hypothèque les modèles des énergies les plus émettrices de carbone et pourrait donc diminuer la valeur des actifs des grands fonds de pension qui en ont souvent beaucoup en portefeuilles.
C’est ainsi que Pete Grannis qui dirige l’un des plus grand fonds de pension américains, celui de l’Etat de New York, a déclaré publiquement qu’il "était préoccupé par la santé de son fonds qui a fortement investi dans des stocks d’énergies fossiles partout dans le monde".

Vers un changement de modèle ?



Ce ralliement des compagnies pétrolières à la résolution les appelant à devenir des entreprises exemplaires sur le changement climatique était inimaginable il y a encore quatre ans.
Quand, en 2011, des investisseurs ont utilisé la même technique pour interroger les mêmes compagnies pétrolières sur leur exploitation des sables bitumineux, ils n’ont pas rencontré le même succès. "C’est peut-être parce que Greenpeace était associé à la démarche. Aujourd’hui, cette résolution n’est soutenue que par des investisseurs internationaux", avance Richard Greening, membre du comité exécutif du Local Authority Pension Forum (LAPFF).
Le risque carbone commence à être mieux compris et pris en compte par les investisseurs, mais ils sont aussi soumis à une forte pression de la société civile, particulièrement aux Etats-Unis.
Les appels au désinvestissement des 200 entreprises les plus émettrices de carbone menés par des étudiants ont déjà été entendus par plus d’une centaine d’investisseurs, dont une grande majorité d’universités aux Etats-Unis, mais aussi en Europe.

Les bénéfices du secteur des énergies fossiles menacés



Un rapport publié le 4 février 2015 en Angleterre par Medact, une fondation pour la médecine, appelle le secteur de la santé à cesser tout investissement dans les énergies fossiles puisque "les liens entre les énergies fossiles, la pollution de l’air et le changement climatique sont clairs et que ces trois phénomènes ont des impacts inacceptables sur la santé".
D’après une étude de l’université d’Oxford, citée par le mouvement Go Fossil Free, le mouvement de désinvestissement des combustibles fossiles croît plus rapidement que toutes les campagnes de désinvestissement antérieures.
Cela constitue une menace considérable pour les bénéfices du secteur des énergies fossiles.
Curieusement, la France échappe au phénomène.
Total n’a pas été soumise à cette même résolution de la part de ses actionnaires. Il faut dire que la compagnie française avait découragé toute tentative en refusant, il y a 4 ans, une résolution sur les sables bitumineux.
La société civile française reste pour le moment assez passive. Elle ne participe pas au mouvement mondial appelant à la décarbonation des portefeuilles d’actifs.
La journée mondiale de désinvestissement organisée le 13 février prochain n’a pas non plus encore rencontré de véritable écho auprès des Français, hormis un petit cercle d’initiés.

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