Publié le 28 avril 2009

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Natixis : AG sous contrôle ?

L'Assemblée Générale de Natixis est programmée le 30 avril. Deminor, spécialiste du conseil aux actionnaires minoritaires, devait y représenter 600 petits porteurs. Il a dénoncé auprès de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) des manœuvres d'obstruction empêchant les actionnaires de lui déléguer leurs pouvoirs.

120116_GF.gif

« Je me méfie toujours des Assemblées Générales organisées les veilles de Pont » affirme Fabrice Rémon, responsable de Deminor France. « Cela signifie que les entreprises ne souhaitent pas vraiment attirer les petits actionnaires ! » . Celle de Natixis, organisée à la veille du 1er mai, cristallise ses craintes. Deminor a pris, depuis plusieurs mois, la défense de plusieurs centaines de petits épargnants ayant acheté des actions de Natixis sur les recommandations de leurs agences bancaires (voir article lié). Il devait représenter 600 d'entre eux à l'Assemblée Générale du 30 avril mais Deminor n'a réussi à effectuer toutes les démarches que pour une centaine de cas. « La réticence des réseaux bancaires des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires à fournir les documents nécessaires est inversement proportionnel à l'empressement qu'ils ont mis à vendre des actions Natixis à leurs clients ! » affirme Fabrice Rémon. Il évoque des refus de communiquer des attestations de titres, des documents envoyés pour une autre AG et d'autres éléments qui constituent, selon lui, une obstruction manifeste. Il a essayé de saisir l'AMF, la semaine dernière, mais sa lettre est restée sans réponse. Du côté de Natixis , on ne fait pas de commentaires mais on affirme avoir respecté toutes les obligations légales et n'avoir eu aucun écho d'éventuelles difficultés rencontrées par de petits actionnaires auprès des réseaux bancaires.
Si les assemblées générales sont de plus en plus fréquemment des lieux de débat où souhaitent s'exprimer non seulement des actionnaires mais aussi des salariés, elles sont rarement le théâtre de mises en causes plus profondes. Fabrice Rémon est sans illusion : « De toute façon, avec la part de capital que détiennent les deux grands actionnaires de références que sont les Caisses d'épargne et les Banques Populaires, toutes les résolutions vont obtenir des majorités spectaculaires. Du coup Natixis va publier des communiqués de victoire pour expliquer que sa stratégie a été largement approuvée. » Son désenchantement fait écho à l'écoeurement éprouvé, selon lui, par les petits actionnaires qu'il représente. Natixis est un des symboles des errances financières de ces dernières années et des conséquences de la crise pour les petits porteurs. Ils on perdu la quasi-totalité des sommes investies dans cette banque qui cumule les pertes les plus importantes du secteur en France. Elles s'élèvent pour l'instant dans ses comptes à 5 milliards d'euros mais 50 milliards d'euros d'actifs toxiques sont gelés, en attente de rachats hypothétiques . Voilà un premier sujet qui pourrait agiter l'Assemblée générale de Natixis. Un autre sujet tout aussi sensible pourrait être évoqué lors des questions posées par les participants : les menaces judiciaires qui pèsent sur François Pérol, dirigeant du groupe Caisse d'épargne-Banque populaire dont Natixis est la banque d'investissement. Trois plaintes sur sa nomination ont été déposées pour prise illégale d'intérêt, deux par des associations de contribuables, la dernière par le syndicat Sud-Caisse d'épargne. Leurs auteurs estiment que l'ancien secrétaire général de l'Elysée aurait supervisé la création du futur groupe après avoir participé à la création de Natixis quand il était à la Banque de Rostschild. La « prise illégale d'intérêt" est un délit passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

A.C. Husson-Traore
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Engagement actionnarial

Certains actionnaires des entreprises cotées ou non peuvent faire pression sur les entreprises pour qu’elles exercent leurs activités en respectant mieux l’environnement et l’humain. Les ONG peuvent aussi utiliser l’engagement actionnarial pour porter les controverses devant les assemblées générales.

BlackRock rejoint la coalition Climate Action 100+ pour inciter les entreprises à réduire leurs émissions

Le plus gros gérant d’actifs au monde va participer aux travaux de la coalition d’investisseurs Climate Action 100+. Épinglé récemment pour sa politique de vote en Assemblée générale peu favorable au climat, BlackRock semble vouloir se racheter une conduite en rejoignant les quelque 370...

Mine fer BHP Western Australian BHP

Les actionnaires du géant minier BHP accentuent leur pression pour faire sortir l'entreprise du charbon

Pour les actionnaires les plus engagés en faveur de la transition écologique, l’entreprise minière BHP, l’un des géants mondiaux du secteur, doit quitter les associations de lobbying en faveur du charbon. Près d'un tiers de ses actionnaires ont voté une résolution en ce sens. Mais selon le PDG du...

Assemblee nationale Wikipedia

L’activisme actionnarial se retrouve dans le viseur de l’Assemblée nationale

La Commission des finances de l’Assemblée nationale s’alarme des pratiques des actionnaires activistes en France. Dans son rapport du 2 octobre, elle émet une liste de recommandations pour augmenter la transparence des marchés et limiter certaines pratiques, comme la vente à découvert. Si les...

BlackRock, Vanguard, JP Morgan, les grands investisseurs parlent beaucoup de climat mais votent peu en sa faveur

L’organisation américaine Majority Action a passé en revue les politiques de vote sur les résolutions actionnariales en faveur du climat des 25 plus grandes sociétés de gestion mondiales. Résultat : de grands acteurs comme BlackRock ou Vanguard votent quasi systématiquement contre, malgré leurs...