Publié le 07 juillet 2009

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Les rémunérations, enjeu social majeur pour l'industrie bancaire

Les salaires des dirigeants des grandes entreprises sont régulièrement au cœur de l'actualité médiatique, particulièrement en temps de crise économique ou de difficultés de certaines entreprises.Dans l'industrie bancaire, au delà de la rémunération des dirigeants, un enjeu économique et social original a émergé depuis 20 ans. Certains métiers dans la banque ont vu évoluer leur niveau moyen de rémunération de manière spectaculaire, justifiée aux yeux des intéressés, perçu comme absurde par le reste du monde. Pourquoi une telle situation? Quelles justifications, quels avantages pour les banques et quels risques cette évolution des rémunérations fait-elle peser ?Les salaires très élevés sont cantonnés à quelques métiers de banque d'affaire. Les employés du réseau par exemple ne bénéficient pas de salaires ou bonus extravagants pour le commun des mortels. Même au sein des banques d'affaires, il convient de distinguer finement les métiers. Les personnels des back office, voire du middle office, ne sont pas rémunérés de la même manière que les personnels du front office, ceux qui sont en contact avec les clients finaux. Ainsi, au sein de la même banque, à qualification, expérience et qualité de travail égales, certains bénéficient de salaires très supérieurs à d'autres. Au sein de la banque d'affaire, d'un desk à l'autre même, les rémunérations peuvent varier considérablement.

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Une rémunération pouvant être directement proportionnelle aux bénéfices de l'entreprise
Comment et pourquoi les banques d'affaires consentent-elles à verser des salaires (tous avantages inclus) à 6 ou 7 chiffres à certains salariés ?
Les rémunérations variables (type bonus) sont fréquentes dans les entreprises, particulièrement dans les métiers commerciaux. La plupart du temps, le salaire variable est indexé sur le bénéfice que le salarié peut contribuer à faire dégager à son entreprise, sans lui être toutefois directement proportionnel. Dans certains métiers de banque d'affaire, le bonus est un % des bénéfices dégagés par le desk. La rémunération n'est donc plus pensée et fixée en fonction de la qualité du travail mais purement et simplement indexée sur les résultats. Avec un tel système, juste en première lecture, un piètre salarié, ayant une faible valeur ajoutée par rapport aux performances qu'un autre salarié pourrait réaliser, pourra toucher un bonus très important pour peu qu'il exerce son activité dans des conditions de marché porteuses. A l'inverse, un salarié très performant pourra toucher un bonus faible si le marché est moins porteur, comme c'est le cas depuis septembre 2008.

Explications ou justifications du phénomène
Plusieurs éléments expliquent (à défaut de justifier ?) ce phénomène. Tout d'abord, les fonctions RH considèrent que ces salariés évoluent dans un univers concurrentiel excessivement spécialisé. Il existerait une sorte de micro marché de l'emploi correspondant à chaque métier de la banque d'affaire, déconnecté des autres. C'est l'approche des cabinets de conseil en rémunérations, suivi en partie par les responsables RH des banques.
Par ailleurs, dans certains métiers de banque d'affaire, la relation de pouvoir entre les salariés et la banque est inversée car les principaux actifs d'un desk, à savoir les clients, sont en général plus fidèles à leur interlocuteur physique qu'à la banque dont ces derniers sont salariés. En cas de départ de salariés chez une banque concurrente, il y a aussi un transfert de clientèle qui peut se révéler particulièrement dommageable en cas de départ groupé de salariés, voire d'un desk entier comme cela peut se pratiquer de temps à autres. Certains cas extrêmes ont été analysés, notamment sous l'angle des parades que l'employeur pourrait mettre en oeuvre pour éviter des pertes d'actifs massives. Les clauses de non concurrence ou le conditionnement d'une part de la rémunération à la fidélité pendant une durée déterminée à son employeur se sont révélées peu efficaces jusqu'à présent, principalement pour des raisons d'atteinte à la liberté de travailler qui rendent l'efficacité de ces clauses très limitée en pratique.
Pourtant, certains secteurs d'activités ont réussi à développer des protections de leurs actifs humains vis à vis de la concurrence. L'univers du sport professionnel est certainement un exemple intéressant, avec la mise au point de contrats redonnant à l'employeur un pouvoir de négociation important en cas de tentative de débauchage par un concurrent.

Quelles conséquences négatives ces niveaux de rémunération peuvent-ils induire pour les banques?
Certaines sont évidentes. Sur le plan RH, les écarts de rémunération sont un sujet de préoccupation constant. Du point de vue des actionnaires, ce sont quasiment 50% des bénéfices de certaines activités de la banque qui sont distribués sous forme de bonus, créant autant de rémunération en moins pour le capital investi. Paradoxalement, les actionnaires n'ont pas encore trouvé là une source de frustration jusqu'à présent.
Au delà de ces aspects bien connus, une interrogation plus profonde peut-être soulevée. Elle concerne la capacité des banques d'affaires à intégrer les préoccupations Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG) dans leurs métiers. Les niveaux de rémunération pratiqués influent évidemment sur la sociologie et sur les sources de motivations du personnel. L'hypertrophie de l'aspect financier de la motivation au travail pour les salariés peut entrainer un risque de réduction de leur capacité à intégrer une grille de lecture plus large. Ces niveaux de rémunération sont devenus un aspect très fort de l'attractivité des métiers des banques d'investissement et ont nécessairement un impact sur les typologies de candidatures que ces dernières reçoivent. Ainsi, avec le temps, le cœur du système managérial et la sociologie du personnel confèrent aux banques d'affaires une culture unique. A l'image des défis des exploitations agricoles, l'absence de biodiversité dans l'entreprise est une source de risques face aux évolutions sociétales qui se préfigurent aujourd'hui...

TS
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