Publié le 02 novembre 2010

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

La finance solidaire, un outil contre la crise

La 3ème édition de la Semaine des finances solidaires se déroule du 3 au 10 novembre à Paris et en province. Le secteur affiche une notoriété en hausse et continue à voir ses encours progresser.

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En progression constante, les encours des finances solidaires s'élevaient fin 2009 à 2, 4 milliards d'euros et atteindront les 3 milliards cette année. La crise n'a donc pas affecté le secteur, ce serait même l'inverse selon François de Witt, président de Finansol, l'organisme qui réunit les financeurs solidaires. « De plus en plus connue des français, l'épargne solidaire est considérée comme un outil permettant de réparer les impacts sociaux et environnementaux de la crise actuelle », souligne-t-il. Entre 600 000 et 700 000 Français ont effectivement investi dans le secteur, dont la notoriété affiche un taux de 50% dans la population. La demande progresse, et l'offre aussi : 119 produits d'épargne solidaire sont aujourd'hui labellisés par Finansol*, contre 50 en 2005. Enfin, outre les avantages fiscaux dont profitent ces épargnants et la volonté de donner du sens à leur épargne, le secteur a également bénéficié de la nouvelle loi sur l'épargne salariale, entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Elle implique que les plans d'épargne entreprise doivent obligatoirement proposer des produits solidaires aux quelques 12 millions de salariés concernés- 400 000 salariés avaient fait ce choix en mai 2010. Une disposition qui correspond bien aux questions sur la responsabilité sociétale des entreprises et aux aspirations de nombreux salariés, notamment les jeunes diplômés qui, de plus en plus, demandent à leur entreprise de produire aussi « du sens ».

Selon le dernier baromètre Finansol-La Croix-Ipsos pour l'année 2009, les investissements dans les projets solidaires ont bien profité du boom de l'épargne solidaire : ils ont progressé de 34% passant de 379 à 507 millions d'euros entre 2008 et 2009. Ils ont servi en priorité à financer le logement (36%, ce qui a permis le logement de 2000 familles), les activités liées à l'environnement comme l'agriculture biologique ou les projets permettant des réductions de la consommation d'énergie (qui sont en très forte progression : 32% en 2009 contre 9% en 2008), l'insertion par l'emploi (26% et 26 000 emplois créés) et la solidarité nationale (6%). Des financements qui, toutefois, ne sont pas tout à faits en adéquation avec les attentes des Français si l'on en croit le sondage Ipsos réalisé en mars 2010 : la nécessité de financer en grande priorité la lutte contre l'exclusion et la précarité (71 %), notamment grâce à l'insertion par l'emploi (48%). Et ce bien avant l'environnement (33%)...

Encourager le passage à l'acte

Toucher le grand public est un des objectifs de la semaine des Finances solidaires, qui, en dehors des conférences destinées aux spécialistes, sensibilisera le grand public à travers une campagne d'affichage national. Pour démontrer que l'on peut faire fructifier son argent tout en finançant des activités liées à l'insertion, au logement social ou à la préservation de l'environnement, c'est le slogan « La solidarité m'enrichit, je la finance » qui a été choisi. Le message est incarné par des citoyens « lambda », qui sont passés à l'action ; démontrant ainsi que ces produits sont accessibles à tous, et qu'il est très simple d'y souscrire. 80 événements ludiques ou pédagogiques sont organisés en France, avec pour objectif de montrer très concrètement à quoi sert cette épargne et à lever les doutes sur son utilité...Enfin, cette année est marquée par une collaboration avec le photographe et artiste Réza, connu pour ses couvertures de presse représentant les populations des pays du Sud. Réza investira le palais Brogniart avec une installation sur le thème très symbolique « la solidarité investit la bourse ».

La finance solidaire est également un secteur qui abrite des projets atypiques et novateurs, comme celui de Terre de Liens. Cette association est née pour permettre à des agriculteurs d'acquérir des terres, dont le prix est devenu exorbitant - un hectare de terre agricole coûtait en moyenne 3500 € en 2000 et coûte aujourd'hui plus de 5000 €. Les fondateurs de Terre de Liens ont donc décidé de collecter de l'épargne solidaire pour acquérir du foncier agricole et le louer à des porteurs de projets en agriculture paysanne, biologique ou biodynamique. Ils ont pour cela créé deux outils financiers, une foncière -agréée « Entreprise solidaire »- qui collecte de l'investissement solidaire, et un fonds de dotation, devenu une fondation reconnue d'utilité publique permettant le don d'argent et de fermes. En deux ans et demi, 15 millions d'euros ont pu être collectés. Terre de Liens compte aujourd'hui 53 000 actionnaires qui, s'ils ne touchent pas de dividendes, bénéficient des avantages fiscaux liés à l'épargne solidaire. « Notre objectif est de sortir les terres agricoles du marché et de la spéculation pour préserver l'agriculture, en maintenant les paysans sur leurs terres ou en développant de nouvelles exploitations », explique Philippe Cacciabue, gérant de la foncière Terre de Liens. Un objectif qui s'est concrétisé dans 14 régions aujourd'hui, avec des investissements allant de 13 000 à 280 000 euros.


*Le label Finansol a été créé en 1997 et offre une garantie aux épargnants sur le financement d'activités d'utilité sociale. Il attribué par des personnalités issues de la société civile ( finance, journalistes,associations...)

Véronique Smée
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