Publié le 11 mai 2009

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Guerre des bonus en Suède

Branle-bas de combat parmi le patronat suédois ! Depuis que le gouvernement de centre-droit a décidé de taper du poing sur la table pour vilipender les bonus des dirigeants, l'indignation ne cesse de grandir parmi ces derniers qui se mobilisent de plus en plus. Le gouvernement a ordonné aux fonds de pension publics d'utiliser leurs pouvoir d'actionnaires pour lutter contre les bonus. Injonction politique pour acteurs financiers, cette innovation fait polémique !

120263_GF.jpg

Fin avril 2009, le gouvernement a, de fait, ordonné aux fonds de pension publics d'user de leur pouvoir d'actionnaires pour stopper autant que possible les bonus des dirigeants des compagnies privées. Une directive « quasi-stalinienne » a critiqué dans la presse un responsable qui reproche au gouvernement de s'immiscer dans la gestion des fonds, tandis les dirigeants de ces fonds s'indignaient contre le fait que leurs institutions soient utilisées comme outils politiques.
Alors que le chômage progresse désormais très vite en Suède (8,3% en mars, soit 2% de plus qu'il y a un an), les trois ministres suédois en charge de l'économie, des finances et des marchés financiers sont montés aux créneaux : « Une période de crise, écrivaient-ils récemment dans une chronique publiée dans la presse, exige de la retenue de tous les partenaires ». Leur analyse est que « l'une des causes de la crise actuelle est manière dont les bonus et autres incitations financières ont stimulé des prises de risque élevées, voire très élevées ».
Dans un premier temps, le gouvernement a rappelé à l'ordre les compagnies publiques et les fonds de pension et décidé que les salaires des plus hauts dirigeants publics ne devaient pas comporter de part flexible tandis que ceux des employés ne devaient avoir, au maximum, que l'équivalent de deux mois de salaire en revenu flexible. Mais la polémique a suivi dans la foulée lorsque Mats Odell, le ministre des marchés financiers, a clairement exprimé que les Fonds de pension publics devaient désormais « agir de telle façon que les lignes directrices soient appliquées autant que possible » dans les entreprises dont ils sont actionnaires. Les quatre principaux Fonds gèrent ainsi un capital de quelque 70 milliards d'euros, dont plus de la moitié est placée en actions.
Depuis, le patronat se sent trahi par un gouvernement qu'il considérait comme ami. L'organisation patronale, Svenkt Näringsliv n'a pas hésité à parler de « populisme bon marché ». Elle a déclenché une levée de boucliers et une mobilisation de patrons comme peu de gouvernements, surtout sociaux-démocrates, en ont connu ces vingt dernières années. « Il est tentant de trouver des boucs-émissaires », notent les cousins Jacob et Marcus Wallenberg, héritiers de la plus puissante dynastie industrielle suédoise, qui sont - l'occasion est rarissime- montés eux-aussi aux créneaux en signant une chronique appelant le gouvernement au dialogue et en lui rappelant la tradition suédoise « de coopération et de règlement en commun des conflits ».
Le gouvernement, lui, se défend : « Il ne s'agit ni de politisation des fonds de pension ni de fonds socialistes », assure Mats Odell, faisant ainsi clairement référence aux fonds salariaux, lancés à la fin des années 70 pour créer un capital collectif qui faciliterait la politique salariale solidaire du mouvement syndical. Les réactions politiques à droite furent alors d'une rare violence, détériorant pour longtemps le climat de confiance entre syndicats, patronat et gouvernement, né des accords de Saltsjöbaden qui dataient des années 1930.
« Ce que dit le gouvernement est que les Fonds de pension, qui gèrent les retraites des contribuables, doivent avoir la confiance du public, précise Brita Hammar, secrétaire du ministère des finances. Or le débat récent indique clairement que la question de la rémunération des dirigeants des entreprises est très importante pour les Suédois ». Le gouvernement insiste sur la sacro-sainte indépendance des fonds. Mais la menace est claire : « Ce sont les administrateurs des fonds de pension qui décident de façon indépendante de la politique à suivre. Mais si le gouvernement n'en est pas satisfait lorsqu'il en fera l'évaluation, il peut bien sûr changer ces administrateurs », note Brita Hammar qui ajoute : « A notre sens, les Fonds disposent tout de même d'une certaine marge de manœuvre ».
Mais le patronat se déclare peu impressionné par les déclarations apaisantes du gouvernement : « L'initiative, écrivent le 11 mai les responsables de la Chambre de commerce de Stockholm, montrent non seulement une politisation, mais indique aussi que le gouvernement, par le biais des fonds de pension, choisit de traiter toutes les entreprises comme un monolithe ».
Certains craignent aujourd'hui que le climat entre gouvernement et entreprises ne se soit autant détérioré que lors de l'affaire des fonds salariaux il y a 30 ans.

Olivier Truc à Stockholm (Suède)
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Engagement actionnarial

Certains actionnaires des entreprises cotées ou non peuvent faire pression sur les entreprises pour qu’elles exercent leurs activités en respectant mieux l’environnement et l’humain. Les ONG peuvent aussi utiliser l’engagement actionnarial pour porter les controverses devant les assemblées générales.

Jusqu'à 3000 fois le salaire médian dans leur entreprise : découvrez le palmarès des dirigeants américains surpayés

De nombreux dirigeants de grands groupes américains continuent d’être surpayés par rapport aux performances de leurs entreprises. L’ONG As You Sow publie son classement des 100 patrons trop payés et constate des trop perçus records, la palme revenant aux dirigeants d’Oracle, à plus de 216 millions...

BlackRock rejoint la coalition Climate Action 100+ pour inciter les entreprises à réduire leurs émissions

Le plus gros gérant d’actifs au monde va participer aux travaux de la coalition d’investisseurs Climate Action 100+. Épinglé récemment pour sa politique de vote en Assemblée générale peu favorable au climat, BlackRock semble vouloir se racheter une conduite en rejoignant les quelque 370...

Mine fer BHP Western Australian BHP

Les actionnaires du géant minier BHP accentuent leur pression pour faire sortir l'entreprise du charbon

Pour les actionnaires les plus engagés en faveur de la transition écologique, l’entreprise minière BHP, l’un des géants mondiaux du secteur, doit quitter les associations de lobbying en faveur du charbon. Près d'un tiers de ses actionnaires ont voté une résolution en ce sens. Mais selon le PDG du...

Assemblee nationale Wikipedia

L’activisme actionnarial se retrouve dans le viseur de l’Assemblée nationale

La Commission des finances de l’Assemblée nationale s’alarme des pratiques des actionnaires activistes en France. Dans son rapport du 2 octobre, elle émet une liste de recommandations pour augmenter la transparence des marchés et limiter certaines pratiques, comme la vente à découvert. Si les...