Pour la première fois, des actionnaires d'un pétrolier américain, Occidental Petroleum, ont voté en faveur d'une résolution imposant à l'entreprise de communiquer sur le risque climat. Ils se sont opposés à la direction du groupe qui y était clairement réfractaire.

S’il fallait un signal fort sur le fait que les grands acteurs pétroliers ne pourront plus nier l’impact de leurs activités sur le changement  climatique, c’est fait ! Lors de l’Assemblée générale du pétrolier américain Occidental Petroleum, le vendredi 12 mai, les actionnaires ont voté majoritairement en faveur d’une résolution forçant l’entreprise, à partir de 2018, à évaluer et à rendre public les impacts à long terme du changement climatique sur ses activités. La direction s’était pourtant fermement opposée à cette résolution.
L’entreprise, qui exploite du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis et détient des champs en Colombie, à Oman et au Qatar, argue qu’elle travaille déjà sur la pertinence d’évaluer et de divulguer les informations sur la prise en compte du risque climat. Au final, c’est le ralliement du plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, qui a permis à la résolution d’être adoptée. Le géant financier s’était pourtant opposé à une résolution similaire, il y a tout juste un an.

La première fois, pas la dernière !



BlackRock justifie son revirement : "Nous sommes préoccupés par le manque d’améliorations discernables des pratiques de reporting de l’entreprise sur les problèmes climatiques". Le gestionnaire d’actifs est le premier actionnaire d’Occidental Petroleum avec 8 % des parts de la compagnie. Eugene Batchelder, président du pétrolier, n’a pu que se ranger à l’avis de l’Assemblée : "Nous sommes impatients de poursuivre l’engagement de nos actionnaires sur le sujet et de leur fournir des informations supplémentaires sur l’évaluation et la gestion des risques et opportunités liés au climat", a-t-il écrit.
The Nathan Cummings Foundation et Wespath Investment Management, qui ont porté cette résolution, assurent que ce vote inédit prouve à l’industrie pétrolière et gazière que les investisseurs sont désormais très attentifs aux questions climatiques. Laura S. Campos, directrice de la responsabilité des entreprises chez Nathan Cummings Foundation assure que "c’est une première mais que ce ne sera pas une dernière !" Le CalPERS (California Public Employees Retirement System) parle "d’un vrai signe de progrès" aux États-Unis. Shanna Cleveland, directrice du risque carbone chez Ceres, décrypte : "L’une des choses que (ce vote) signale est que les investisseurs reconnaissent que, bien que les vents politiques changent, les forces du marché se dirigent dans la même direction – et c’est vers une transition énergétique", rapporte le Wall Street Journal.

La Caisse des dépôts prête à soutenir des résolutions vertes




Ce signal est d’autant plus important qu’approchent les Assemblées générales des majors. Le 23 mai prochain, à La Hague aux Pays Bas, se tiendra celle de Royal Dutch Shell. L’ONG néerlandaise Follow This qui a déposé une résolution pour pousser la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise à verdir son activité espère recueillir le maximum de voix de grands investisseurs internationaux. Le conseil d’administration de Shell s’est déclaré hostile à la résolution qu’il estime "déraisonnable" et "contraire aux intérêts de la compagnie et donc de ses actionnaires".
Or, certains grands investisseurs sont bien décidés à l’appuyer. C’est le cas de la Caisse des dépôts (dont Novethic est une filiale), qui pour la première fois, a rendu public ce soutien avant l’Assemblée générale. Cette annonce lui permet d’envoyer un signal fort  pour aligner stratégies économiques et financières sur un scénario 2 degrés.
   
Ludovic Dupin @LudovicDupin

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