Publié le 18 février 2014

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

La corruption, fléau de l'économie européenne

La corruption coûte près de 120 milliards d'euros à l'Europe. C'est l'un des constats du premier rapport anti-corruption publié par l'Union Européenne. La France y est d'ailleurs montrée du doigt pour les risques de corruption qui sévissent dans le secteur des marchés publics et des transactions commerciales internationales. Alors que la commission appelle les autorités françaises à renforcer ses mesures de lutte contre ce phénomène, quelques grandes entreprises ont profité de Davos pour initier un nouveau mouvement en ce sens.

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« La corruption est un défi pour l'Europe ». C'est ainsi que la commission Européenne aborde le problème de la corruption, qui coûte près de 120 milliards d'euros par an à l'Europe, et qui concerne tous les pays de l'Union. Le 3 février dernier, Bruxelles a en effet dévoilé son premier « rapport anti-corruption de l'UE », qui présente la situation de chaque Etat membre et préconise des pistes d'amélioration pour chacun d'entre eux.

Concernant plus précisément la France, l'avis de la Commission peut se résumer par "peut mieux faire". Le rapport précise : « la France a pris récemment, en matière de conflits d'intérêts, des mesures législatives applicables au personnel politique et aux agents publics. En revanche, les risques de corruption dans le secteur des marchés publics et dans les transactions commerciales internationales n'ont pas été traités. » Pour corriger ces deux principales lacunes, la Commission propose que les autorités françaises fassent une évaluation globale des risques au niveau local, et élaborent des mesures prioritaires pour lutter contre la corruption dans le secteur des marchés publics. Sur la question du commerce international, Bruxelles conseille à la France de renforcer ses mesures pour éviter la corruption transnationale (c'est-à-dire le fait, pour des entreprises françaises, de se livrer à des actes de corruption d'agents publics étrangers). Par ailleurs, l'UE recommande que le pays mette en œuvre les recommandations du Conseil de l'Europe sur le financement des partis et accentue l'indépendance opérationnelle des parquets.

L'opinion publique bien consciente du problème

Au-delà des mesures prises par les Etats pour lutter contre la corruption, le rapport a cherché à connaître la perception de l'opinion publique sur cette question. Les résultats montrent clairement que les citoyens sont loin d'être dupes sur ce sujet, et montrent même une certaine résignation. En effet, l'enquête Eurobaromètre publiée également le 3 février 2014 dévoile que 76 % des Européens (68 % des Français) estiment que la corruption est un phénomène très répandu. Plus inquiétant : 56 % jugent que la corruption a augmenté dans leur pays au cours des trois dernières années. Enfin, 4 % des Européens (2 % des Français) déclarent avoir été explicitement ou implicitement invités à payer un pot-de-vin au cours de l'année écoulée.

Les entreprises se saisissent du dossier

Si les citoyens reconnaissent le poids croissant de la corruption, il est de même pour les entreprises. Selon le rapport anticorruption de l'UE, 43 % des entreprises européennes considèrent la corruption comme un obstacle aux affaires. En France, c'est pire : 59 % des entreprises partagent cet avis ! Dès lors, il n'est pas surprenant que les entreprises s'intéressent à ce problème, comme elles viennent d'ailleurs de le faire lors du Forum Economic Mondial. Lors du dernier grand raout de Davos, une vingtaine de chefs d'entreprises a créé un groupe nommé PACI Vanguard, un collectif qui milite pour une plus forte politique de lutte contre la corruption. Au total, 25 chefs d'entreprises ont déjà signé les principes PACI (Partnership Against Corruption Initiative), selon lesquels ils s'engagent à une politique de tolérance zéro envers la corruption et acceptent de mettre en place un programme interne de lutte contre la corruption. Parmi les signataires, on retrouve majoritairement des multinationales américaines (Deloitte, ManpowerGroup, KPMG America, PricewaterhouseCoopers International, Thomson Reuters...). Du côté des entreprises européennes, les CEO de Siemens (Allemagne), Royal Philips (Pays-Bas), FTI Consulting (Royaume-Uni), le pétrolier Eni (Italie) ont adhéré au collectif, tout comme le dirigeant de l'entreprise suisse de sécurité informatique WISeKey. A ce jour, aucune grande entreprise française n'a encore rejoint l'initiative...

Céline Oziel
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