Publié le 02 septembre 2020

FINANCE DURABLE

Vaccin contre le Covid-19 : les marchés s’enflamment sur les biotechs

La pandémie de coronavirus a inoculé le virus de la Bourse à de nombreux particuliers. Avec l’espoir de miser sur le premier remède contre le Covid-19, les investissements dans les jeunes sociétés innovantes en biotechnologie ont enregistré une forte croissance, ces derniers mois. Mais attention à la casse, le marché des biotechnologies est l’un des plus risqués.

Vaccination CCO
La course au vaccin contre le Covid-19 fait flamber le cours des biotechs.
@CCO

Les sociétés de biotechnologies connaissent un véritablement emballement sur les marchés financiers, ces derniers mois. La pandémie de Covid-19 incite de nombreux investisseurs à miser gros sur de jeunes entreprises susceptibles de trouver un remède au virus. Ainsi, les biotechs américaines ont levé plus de 9 milliards de dollars en Bourse ces derniers mois, contre "seulement" 6,5 milliards de dollars sur toute l’année 2018, selon les données de Dealogic. Cette course aveugle au médicament ou vaccin miracle risque pourtant de laisser des investisseurs sur le carreau.

"Ce phénomène vient surtout des investisseurs particuliers, remarque Lydia Haueter, gérante du fonds biotech de Pictet AM. Or la biotech est l’un des marchés les plus volatils." Ces sociétés n’ont souvent en stock qu’un ou deux produits candidats à un traitement, et souvent aucun sur le marché. Elles doivent donc financer leur recherche et développement, sans avoir encore de revenus significatifs. "Même en tant que spécialiste, il faut une approche de diversification et d’évaluation des risques très fine, poursuit Lydia Haueter. Cela requiert une certaine expertise."

Vague d’introductions en Bourse

Mais les promesses de ses biotechs sont trop belles pour ne pas attirer les investisseurs., désireux de générer un profit rapide. Les jeunes sociétés en profitent. Le nombre d’introductions en Bourse de jeunes biotechs a augmenté, chacun des nouveaux venus ayant vu son cours augmenter. C’est le cas de l’allemand CureVac, introduit à Wall Street le 14 août et dont la capitalisation boursière tourne autour de 10 milliards de dollars. Rendu célèbre par une rumeur de rachat orchestré par Donald Trump, son projet de vaccin contre le Covid-19 n’est est pourtant qu’à la phase 1 des tests cliniques nécessaires pour le valider. Son parcours reste donc semé d’embûches possibles avant une éventuelle mise sur le marché d'un produit, qui prendrait des mois.

En tout, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 168 candidats au vaccin contre le Covid-19 dans le monde. La technologie innovante de Moderna en fait partie, mais elle n’a encore jamais été vue à l’œuvre. La biotech américaine a pourtant vu le prix de son action passer de près de 19 dollars en janvier, à près de 70 dollars fin août, pour une valorisation de plus de 26 milliards de dollars.

Des États se lancent aussi dans la bataille. Le gouvernement américain a déjà passé un contrat de 1,3 milliard de dollars avec la biotech américaine Moderna pour l’achat d’un million de doses. Son prétendant au vaccin est parmi les plus avancés au monde, il se trouve en phase 3 des essais cliniques, tout comme celui des alliances entre l’université d’Oxford et AstraZeneca, ou celle de Pfizer et BioNTech. "Les apports d’argent par les États ne constituent pas une réduction des risques, prévient toutefois Lydia Haueter. 

Le boursicotage qui fait flamber le cours des jeunes biotechs, fait planer le risque de l’éclatement d’une petite bulle financière. Les biotechs qui échoueront avant toute mise sur le marché - c'es-à-dire l'immense majorité d'entre elles - verront leur valeur drastiquement réduite. Un tel risque pour un acteur financier professionnel reste, en général, maîtrisé car il est dilué avec d'autres valeurs. Mais pour les particuliers misant leur épargne, ce risque peut s’avérer dévastateur…

Arnaud Dumas, @ADumas5


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