Publié le 27 novembre 2018

FINANCE DURABLE

Un CAC40 vert, pour quoi faire ?

Investir dans les grandes sociétés cotées françaises les plus transparentes et les plus vertueuses sur des critères environnementaux. C'est ce que promet Goldman Sachs avec un nouveau produit financier "vert". Il s’appuie sur les données du CDP pour choisir les 40 entreprises françaises les plus en avance sur la gestion du carbone, de l’eau et des forêts. Que peut-on en attendre ?

Bourse verte iStock
Goldman Sachs a lancé un produits financiers lié à un indice regroupant les 40 sociétés françaises les mieux notées sur l'eau, la forêt, le climat.
@nespix

En septembre, le lancement d’un indice basé sur des critères environnementaux, rapidement surnommé "CAC 40 vert"(1), agitait les médias spécialisés. L’objectif affiché est en effet séduisant : il s’agit de permettre aux épargnants français de pouvoir investir, via leur assurance vie, dans un produit financier basé sur les 40 sociétés cotées en France les plus en avance sur des critères environnementaux.

Trois thématiques ont été retenues pour sélectionner les entreprises parmi les 120 premières capitalisations françaises : leur gestion du risque climat, eau et forêts. Une pluralité et une précision qui le distinguent des indices low carbon ou ESG, comme le Dow Jones Sustainability Index.

Son initiateur a cependant de quoi surprendre puisqu’il s’agit d’une institution peu connue pour ses produits financiers verts : Goldman Sachs. La banque y voit la possibilité de diversifier son offre, sur des produits de plus en plus demandés mais avec une offre encore restreinte, explique-t-elle à Novethic. "C’est un très bon signe qu’une banque d’investissement traditionnelle se lance dans un tel produit", estime Laurent Babikian, directeur des engagements investisseurs France et Benelux du CDP qui fournit à la banque les données environnementales sur lesquelles se base l’indice.

Danone, Essilor et Total

Cette ONG collecte depuis une dizaine d’années des données sur les performances de 6 300 entreprises, sur la façon dont les entreprises gèrent les risques et opportunités liées au climat, à l’eau et à la déforestation. Lors des derniers classements, 11 entreprises françaises avaient obtenu la meilleure note, A (sur une échelle de A à F, la note la plus basse correspondant à un refus de transmission des données), pour un de ces trois thèmes.

Pour entrer dans l’indice "vert" de Goldman Sachs, pas besoin d’obtenir la meilleure note sur l’ensemble puisque la sélection se fait sur une moyenne. Mais obligation est faite à l’entreprise de répondre aux questionnaires sur lesquels elle a été sollicitée par le CDP. Parmi les élus, on trouve L’Oréal, Danone, Schneider Electric, Essilor et Total.

Des pétroliers dans un indice vert ? "Cela peut faire tiquer mais nous ne ferons pas l’Accord de Paris sans eux. Or, l’idée avec ce type de classement et d’indice, c’est bien de les pousser à devenir de plus en plus vertueux", assure Laurent Babikian. Une version de l'indice excluant le secteur pétrolier et gazier est toutefois disponible.

Pour le moment, le produit n’est pas encore disponible pour les particuliers. Il doit être sélectionné par un assureur pour arriver effectivement sur le marché français. Mais Goldman Sachs y voit un grand potentiel, notamment en termes de performance financière. Les premières simulations réalisées ont déjà montré des surperformances par rapport au CAC40, mais la banque mise sur le long terme.

Quelle efficacité pour la transition écologique ? 

"Nous pensons que ces entreprises seront davantage capables de s’adapter au contexte futur et qu'elles auront tendance à surperformer par rapport aux autres", assure Marine Abiad, responsable Distribution France Produits Structurés chez Goldman Sachs. Il s’agit également d’un test pour développer de nouvelles gammes qui sont actuellement très regardées par les institutions financières, à travers le monde.

Mais ces produits financiers, qui restent des compléments des produits classiques sont-ils suffisants pour réorienter les milliers de milliards nécessaires à la transformation de l’économie ? Pour Goldman Sachs, le succès d'un tel produit pourrait faire boule de neige par un simple mécanisme de marché. Quand elle vend un autocall (produit structuré) sur un indice, la banque doit en effet acheter les actions des entreprises qui le composent pour maintenir une position neutre. En cas de succès du produit, le cours boursier de celles-ci devrait donc monter, incitant les entreprises à rester dans cet indice et donc à agir en faveur de l'environnement, estiment Goldman Sachs et le CDP. 

Pour autant, "il faut toujours regarder au-delà d’une accroche marketing séduisante. Les données sont fournies par le CDP, ce qui est un gage de crédibilité mais elles vont servir à construire un produit structuré complexe qui ne conduit pas à être actionnaire de des entreprises et donc pouvoir peser en tant que tel sur leur stratégie environnementale, souligne Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. Cela ressemble en fait plus à une allégation qui, comme dans l’agro-alimentaire, peut conduire à des déceptions chez les investisseurs en quête de placements verts." 

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) l’indice Euronext CDP Environment France (FRENV)


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