Publié le 09 août 2012

FINANCE DURABLE

Taxer la finance : le dispositif français devient concret

La France a, depuis le 1er août, une taxe sur les transactions financières qui concerne une centaine d'entreprises françaises cotées. Une autre taxe s'applique au Trading haute fréquence, pratiqué par des ordinateurs capables de passer des ordres à la milliseconde. Ces taxes vont-elles contribuer à réorienter les échanges boursiers vers le financement de l'économie réelle en apportant des capitaux aux entreprises ? Divers acteurs en doutent.

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La France a tiré la première en instaurant début août une taxe sur les transactions financières. Elle est de 0,2 % par achat d'actions d'une centaine d'entreprises françaises dont la capitalisation est supérieure à un milliard d'euros (soit le double que ce qu'avait prévu Nicolas Sarkozy début 2012). De portée limitée, cette taxe laisse plusieurs interrogations. Les ONG se demandent à quoi seront attribués les montants ainsi obtenus par le gouvernement français estimés à 1,6 milliard d'euros par an. Elles militent pour que soit respecté l'esprit de la taxe Tobin qui prévoyait de les attribuer au financement du développement mais aucune annonce précise n'a été faite dans ce domaine. Côté acteurs financiers, on souligne la complexité du dispositif à mettre en place puisque cette taxe sera payée par les intermédiaires qui pourront ou non la répercuter sur leurs clients. Par ailleurs, elle est locale puisqu'elle ne s'applique qu'aux transactions sur la bourse française alors que les entreprises peuvent être cotées sur plusieurs marchés. Il faudra donc attendre que soient définis les contours d'un projet de taxation à échelle européenne pour mesurer la portée de ces dispositifs.

Taxer le trading haute fréquence

On peut en revanche s'attarder sur une mesure novatrice : l'instauration d'une taxation spécifique sur le trading à haute fréquence. Il s'agit d'une forme d'échange sur les marchés boursiers pratiqués par des ordinateurs capables de passer des ordres à la milliseconde. Le trading à haute fréquence prend de plus en plus de place sur les marchés puisqu'on lui attribue 60 % des échanges boursiers aux Etats-Unis et 40 % en Europe. Toujours plus rapides, ces ordinateurs sont des opérateurs prodigieux pour ceux qu'ils aident à gagner de l'argent et des perturbateurs de marchés pour leurs détracteurs. Ils ont même justifié la mise en place au fond de l'Atlantique d'un câble réservé exclusivement aux transactions du trading haute fréquence ! « En limiter la portée est un enjeu important pour ramener le fonctionnement des marchés boursiers vers le financement de l'économie réelle et rétablir le lien entre le prix d'une action et la valeur de l'entreprise cotée » explique Thierry Philipponnat, secrétaire général de Finance Watch, ONG spécialiste du secteur. « La taxation peut y contribuer surtout si elle porte sur les ordres annulés dans la journée qui sont le principal signe de l'inutilité de ces allers retours qui pénalisent les vrais opérateurs de marché
Le décret d'application de la taxe proposée par le gouvernement français exauce ce vœu. Au delà de 80 % d'opérations annulées dans la journée, les opérateurs de trading haute fréquence devront payer 0,01 % du montant des ordres annulés.
Ce signal envoyé par le gouvernement français freinera-t-il la course de vitesse à l'innovation technologique dans laquelle sont lancés les opérateurs ? Les recherches en cours évoquent le « microwave trading » c'est à dire la possibilité de réaliser des ordres à la micro seconde. Par définition cela multiplie aussi les risques de crash ou plutôt de bug. Wall Street en a connu un spectaculaire le 3 août 2012. Les ordinateurs de Knight Capital, l'un des principaux opérateurs américains de Trading haute fréquence, ont en quelque sorte disjoncté et ont provoqué un chaos sur la cotation de 140 entreprises pendant trois quarts d'heure. Novartis par exemple a fait l'objet en 55 secondes de 16 000 cotations. Knight capital doit rembourser 440 millions de dollars aux entreprises victimes de ces algorithmes soit l'équivalent de quatre années de profits et s'est contenté d'expliquer que tout cela avait été provoqué par « un problème lié à l'installation d'un logiciel »
« C'est une bonne illustration du caractère problématique du Trading à haute fréquence » conclut Thierry Philipponnat. « Mais il y a pire ! Les vrais investisseurs lassés de se faire doubler en permanence par des ordinateurs cherchent maintenant à leur cacher leurs mouvements. La moitié de leurs ordres échappent maintenant aux marchés règlementés à cause de cela. Comment voulez-vous dans ces conditions que les bourses redeviennent des lieux où les entreprises de toutes tailles viennent chercher des capitaux pour cesser d'être des casinos virtuels ? »

Anne-Catherine Husson-Traore
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