Publié le 18 octobre 2017

FINANCE DURABLE

"Créer un système économique pour que l’Intelligence artificielle bénéficie à la société", Philippe Vasseur

Le World Forum for a Responsible Economy se tient jusqu’à jeudi soir 19 octobre à Lille. Cette onzième édition est placée sous le signe de la "révolution responsable" et la révolution digitale avec l’émergence de l’intelligence artificielle. Philippe Vasseur, fondateur et président de l’événement, revient sur ces enjeux majeurs.

Philippe Vasseur, président du World Forum for a Responsible Economy et le robot Pepper lors de la session d'ouverture le 17 octobre 2017 à Lille
BH

Le World Forum appelle à une révolution responsable. Comment y parvenir ?

Je crois à la preuve par l’exemple. C’est ce que nous essayons de faire depuis 11 ans avec le World Forum for a Responsible Economy. Nous montrons des cas d’entreprises qui réussissent à concilier impact et rentabilité, notamment dans des pays qui ne sont pas sur le devant de la scène mais où il y a des initiatives formidables, comme en Afrique. C’est comme cela que l’on convainc les entreprises de s’engager. Je crois aussi aux territoires qui sont des espaces adaptés pour développer des synergies et des filières. C’est ce que nous essayons de faire dans les Hauts de France avec la "troisième révolution industrielle". Notre expérience essaime aujourd’hui en Europe, par exemple au Luxembourg.

La révolution digitale, notamment avec l’intelligence artificielle (IA), est en cours. A quelles conditions peut-elle servir la révolution responsable ?

Il y a trois sujets qui me paraissent majeurs. Le premier est l’éthique. Prenons l’exemple des drones militaires. Les armées expliquent qu’il y a toujours un homme derrière une décision de tir. Mais il n’y a aucune barrière technologique qui empêche qu’un drone tueur soit autonome. Cela soulèvent des questions : jusqu’où l’IA va-t-elle aller ? Comment se doter de codes éthiques ? Quelle est la responsabilité des États et des entreprises qui les fabriquent ?  

Le deuxième est le rapport travailleur/robot. Le secteur bancaire par exemple est extrêmement touché. Récemment, UBS a annoncé qu’elle pourrait supprimer 30 000 emplois dans les années à venir en raison des avancées technologiques dont l’intelligence artificielle pour la gestion de placements par exemple. Il y aura aussi des créations d'emplois bien sûr. Mais seront-elles suffisantes pour compenser les pertes ? La question à se poser est de savoir s'il est possible d'organiser nos entreprises, de créer nos systèmes politiques et économiques pour que l’IA bénéficie à la société.  

Le troisième enjeu est la répartition de la richesse issue de cette valeur ajoutée… Quand on voit la capitalisation boursière des entreprises du numérique comme Google ou Amazon, on se dit que cette nouvelle économie, qui pourrait être extrêmement redistributive, ne bénéficie qu’à un petit nombre.

Pour la première fois, le World Forum va donner lieu à une recommandation finale. Que va-t-on y trouver ?

Nous avons pour l’instant 12 thèmes, il y en aura peut-être plus d’ici la fin car les participants (5 000 environ, ndr) sont invités à s’exprimer. Je tiens notamment à trois pistes qui me semblent être de puissants outils pour l’économie responsable. La première concerne la mise en place de critères RSE dans les appels d’offres des marchés publics (voir la charte d'intrégration de la RSE dans l'Achat public issue du World forum). Cela peut être mis en place très rapidement par les collectivités. Ce serait un levier considérable pour développer l’économie responsable et locale mais aussi pour la prise de conscience citoyenne des entreprises ! Ensuite, le droit à l'expérimentation dont tout le monde parle mais qui reste à concrétiser. Dans notre troisième révolution industrielle par exemple, les obstacles que nous rencontrons sont plus d'ordre réglementaires que financiers... 

Autre piste : l’incitation fiscale pour les entreprises et/ou produits responsables. Ces pistes seront sans doute critiquées au nom d’une certaine orthodoxie financière, comme le sont toutes les clauses dérangeantes. Mais nous mettons sur la table des propositions concrètes pour les politiques, les acteurs de l’économie et la société dans son ensemble… à eux de s’en saisir !

Propos recueillis par Béatrice Heraud @beatriceheraud, à Lille


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