Publié le 12 février 2019

FINANCE DURABLE

Moody’s, Standard & Poor’s, les agences de notation se mettent aux critères extra-financiers

Fini le temps où les agences de notation ne s’intéressaient qu’aux données financières. Les risques climatiques, sociaux et de gouvernance commencent à influencer les notations de crédit des émetteurs pour le meilleur ou pour le pire. Reste à savoir comment intégrer ces critères extra-financiers dans la détermination de la qualité de crédit.

Cape town city 2
La ville du Cap en Afrique du Sud a vu sa note de crédit pâtir du fait de sa gestion de l'eau.
@Free images

C’est un vrai défi pour les agences de notation. Les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance ont une influence directe sur la qualité de crédit des émetteurs. Mais comment le quantifier et l’intégrer dans leur note ? Moody’s intègre de plus en plus les éléments extra-financiers dans ses analyses.

"Nous travaillons à affiner, à être plus transparent et plus intelligible sur l’intégration de ces critères, explique Yasmina Serghini, la responsable du groupe de travail ESG chez Moody’s et la directrice du corporate finance en Europe. Il faut que, en regardant la note, on voit les risques que l’on incorpore, leur pertinence et leur horizon de temps."

Développer un langage commun

Les membres des Principes pour l’investissement responsable (PRI), le réseau d’investisseurs dépendant des Nations-Unies, travaillent justement sur ce thème. Ils viennent de publier un rapport, auquel Moody’s a participé, sur la prise en compte des critères ESG dans l’analyse crédit par les agences.

Moody’s a elle-même publié en janvier son propre guide méthodologique sur la manière dont ses équipes prennent en compte les critères ESG dans leurs analyses. "Nous avons dû développer un langage commun en interne pour avoir un cadre analytique que tout le monde puisse comprendre", reprend Yasmina Serghini.

Un travail toujours en cours

Cette intégration est pourtant loin d’être simple. Moody’s a commencé à travailler dessus juste avant la COP 21 en 2015. Et cela reste un travail en cours… Aujourd’hui, une centaine de personnes dans le groupe planchent régulièrement sur le dispositif analytique ESG à mettre en place. Principale difficulté à surmonter, les horizons de temps.

Les agences de notation ont pour mission d’évaluer la capacité d’une entité (État, entreprise, etc.) à rembourser ses dettes à 100 % et à temps. Elles analysent le risque de défaut de l’émetteur sur un horizon de temps assez court. Or certains risques ESG peuvent avoir un horizon de temps bien plus lointain, entraînant de fortes incertitudes sur leur impact sur la stratégie de l’émetteur de dette. "Il est compliqué d’extrapoler pour un risque à 30 ans, souligne Yasmina Serghini. Beaucoup de choses peuvent se passer entre la première année et la dernière. C’est beaucoup moins le cas sur un risque à 5 ans."

Des effets déjà réels

La réponse, pour Moody’s, consiste à analyser la matérialité du risque, son caractère vérifiable, pour l’incorporer ensuite dans la notation. Les risques plus lointains ou plus difficilement quantifiables ne sont pas ignorés pour autant, selon l’agence. "Une notation financière résulte d’une analyse quantitative et qualitative, explique Yasmina Serghini. Quand un horizon de risque est lointain, il sera plutôt compris dans la dimension qualitative de l’analyse."

Standard & Poor’s, de son côté, affirme intégrer les critères ESG depuis plusieurs années dans ses analyses crédit. Mais depuis le mois de février 2019, il a décidé d’ajouter à ses rapports de crédit une section spécifique pour expliquer la manière dont les critères ESG ont été pris en compte dans la notation.

Les effets de ces nouvelles méthodologies utilisées par les agences de notation sont déjà bien réels. Des entités ont déjà vu leur note de crédit être pénalisée du fait de ces risques extra-financiers. C’est le cas de la ville du Cap, en Afrique du Sud. Les crises de l’eau ont conduit Moody’s à conserver une perspective négative sur la note Baa3 de la municipalité. Standard & Poor’s estime qu’entre 2015 et 2017, plus de 1000 notes de crédit ont été affectées de manière importante par des facteurs environnementaux ou sociaux.

Arnaud Dumas @ADumas5 

 

 


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