Publié le 10 octobre 2013

FINANCE DURABLE

Sous traitance au Bangladesh: les marques tardent à prendre leur responsabilité

Six mois après le tragique effondrement du Rana Plaza, les entreprises n'ont toujours pas commencé à indemniser les victimes, à l'exception de Primark. En attendant, l'Accord sur la sécurité au Bangladesh vient de publier une liste d'informations sur près de 1 600 usines du pays.

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© DR

Depuis l'effondrement du Rana Plaza le 24 avril 2013, l'indemnisation des victimes se fait attendre. Le drame a, on le rappelle, coûté la vie à plus de 1 200 ouvriers tandis que plus 1 900 autres ont été blessés.

En septembre les entreprises du secteur textile étaient donc invitées à se réunir à Genève pour discuter d'un plan d'indemnisation sous l'égide de l'Organisation internationale du travail. Mais les entreprises et les distributeurs identifiés comme ayant sous-traité une production dans les usines du Rana Plaza ont boudé l'événement : sur les 29 sociétés invitées, seule 9 se sont déplacées, à l'image de Primark, Camaïeu, ou bonmarché. Mais d'autres marques éminentes, comme Auchan, Benetton, C&A, Carrefour, Mango ou encore Walmart n'ont pas fait le déplacement (lire aussi « Rana Plaza : le discounter allemand KiK refuse de payer toute compensation »). Depuis, les discussions se poursuivent en coulisses, et un accord pourrait intervenir d'ici quelques semaines selon IndustriALL.

Risque de réputation

Malgré tout, l'absence de ces géants du textile à cette première réunion officielle, et plus globalement leur immobilisme pose question. « Pour les donneurs d'ordres, s'afficher lors d'un processus transactionnel revient à admettre qu'elles ont contribué aux décès de ces milliers de personnes. Selon eux, se rendre à un tel événement représente un risque de réputation, mais aussi juridique : s'il arrive un autre accident et qu'ils ont déjà indemnisé dans le passé, ils seront en première ligne », explique Yann Queinnec, juriste spécialisé dans la RSE et co-fondateur d'Affectio Mutandi. Autrement dit, les marques qui ont refusé cette première réunion ont jugé que la politique de l'autruche était moins risquée que celle de la responsabilité et de la négociation. Cette prise de position est largement discutable, car le risque d'image existe dans les deux cas. Mais Yann Queinnec avance une autre explication : « Il existe un phénomène de masse. J'ignore s'il y a eu des discussions entre les entreprises afin de se mettre d'accord pour ne pas se rendre à la réunion, mais une chose est certaine : les sociétés minoritaires qui s'y rendent sont clairement identifiées comme associées à la catastrophe ».

Lors de cette réunion sur l'indemnisation, qui s'est déroulée les 11 et 12 septembre 2013, industriALL, Clean Clothes Compaign et Workers Rights Consortium avait présenté un modèle d'indemnisation qui prévoyait 74,5 millions de dollars pour une indemnisation complète des travailleurs, dont 33,5 millions de la part des donneurs d'ordre. A l'issue des échanges, les entreprises s'étaient pourtant engagées à se réunir de nouveau dans les deux semaines qui suivaient pour définir les prochaines étapes. Cela fait maintenant 4 semaines et aucune nouvelle réunion n'est annoncée. Depuis, seul la marque anglaise Primark a commencé à prendre ses responsabilités en versant une aide de trois mois de salaire supplémentaires en urgence aux familles des victimes. En France, Camaïeu a été la première à affirmer qu'elle contribuerait au fonds d'indemnisation des victimes, mais sans en dévoiler le montant ni la date.

Une liste de 1600 usines

En attendant l'indemnisation des victimes, des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail sur place ont été prises. Le 3 octobre dernier, l'Accord sur la sécurité au Bangladesh a publié une liste de 1 600 usines concernées par l'accord, qui emploient plus de 2 millions d'ouvriers. Objectif : lister des informations pertinentes destinées à évaluer la sécurité des bâtiments. « Il ne s'agit pas seulement d'une liste de noms d'usines, il y a ici des informations cruciales sur les configurations physiques des ateliers. Ces données forment une carte sans précédent de l'industrie de la confection au Bangladesh », a déclaré Sean Ansett, directeur exécutif intérimaire de l'accord.

Mais cet accord n'a pas emprêché un autre drame de se produire. Le 8 octobre en effet, un nouvel incendie s'est déclaré dans une usine de la banlieue de Dacca, provoquant la mort d'une dizaine de personnes et en blessant une cinquantaine d'autres (voir l'article « Un nouveau drame malgré l'accord sur la sécurité dans les usines bangladaises »)

« La question est maintenant de savoir qui va prendre ses responsabilités et sous quelle forme », souligne Yann Queinnec. En effet, rien n'interdit aux entreprises d'aller au-delà des accords et des lois pour mettre en place une chaîne d'approvisionnement plus responsable dès maintenant. La liste proposée par l'Accord sur la sécurité est un premier outil intéressant pour y parvenir.

Céline Oziel
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