Publié le 20 mai 2012

FINANCE DURABLE

Pourquoi les meilleurs élèves sont-ils différents selon les agences de notation extra-financière ?

Les agences de notation extra-financière Oekom Research et Sam Group ont publié chacune leur bilan des entreprises mondiales les plus durables. Avec, en conclusion, des résultats différents. L'occasion de revenir sur les raisons de ces disparités, dont les origines se trouvent tant dans la collecte des données par les entreprises que dans les méthodologies des agences.

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© istock

Qui est donc le champion mondial de la RSE dans le secteur de l'assurance : Standard Life ou Swiss Re ? Et dans le domaine de l'automobile : Renault ou BMW ? La réponse dépend de l'étude analysée. Oekom Research et Sam Group viennent en effet de publier chacune leur rapport sur la durabilité des entreprises mondiales. Si ces deux agences de notation extra-financière s'engagent à noter les pratiques ESG des entreprises (politiques environnementales, sociales et de gouvernance), les résultats s'avèrent hétérogènes. Dès lors, comment faire pour s'y retrouver ?

Rémunérées par les investisseurs, et non par les entreprises elles-mêmes, les agences de notation extra-financière travaillent à partir de données déclaratives, essentiellement des informations publiques issues des entreprises, d'ONG, d'organismes gouvernementaux, de syndicats... L'agence allemande Oekom Research et la suisse Sam Group (filiale du groupe Robeco) n'échappent pas à la règle. Alors, comment expliquer la disparité des résultats ?

Des méthodologies différentes

La méthodologie utilisée en est l'un des éléments de réponse. Pour construire son Sustainability Year Book, Sam Group invite les 2 500 plus grandes entreprises mondiales (sur la base de l'indice Dow Jones Global Total Stock Market) à participer à son étude annuelle. Et seules les sociétés qui obtiennent des scores de durabilité situés dans les 15% supérieurs de chacun des 58 secteurs sont incluses dans le rapport. Dans son rapport 2012, réalisé en partenariat avec KPMG, Sam Group présente les leaders de chaque secteur, qui sont des entreprises qui établissent les normes de l'industrie en matière de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. « Sam a fait évoluer sa méthodologie et a su prendre en compte, via son questionnaire, des éléments prospectifs. Et cela crée une divergence au niveau des résultats », note Stéphane Voisin, directeur de recherche ISR chez Chevreux (groupe Crédit Agricole).

« La différence de notre étude par rapport à d'autres : elle est basée sur notre méthodologie très qualitative et une notation des entreprises très exigeante. Elle détecte des tendances nouvelles en matière de RSE et met le doigt là où ça fait mal (les lacunes des entreprises en matière de RSE au niveau mondial). En même temps, elle balaye de nombreux sujets, là où d'autres études vont rester plus sur un seul sujet du développement durable », explique Julia Haake, Directrice du bureau parisien d'Oekom. Les entreprises sont d'abord évaluées à partir d'informations publiques, afin de différencier les 2 100 sociétés dont les pratiques ESG sont insuffisantes ou pas assez transparentes, des 1 000 entreprises qui pourraient obtenir le statut « Prime » ou statut d'excellence. Ces derniers sont notés à travers 100 critères environnementaux et sociaux différents selon les secteurs et font l'objet d'un rapport détaillé. Ensuite, les analystes proposent un échange avec les sociétés. Au final, environ 550 sociétés obtiennent le statut « Prime ».

Des reportings hétérogènes selon les entreprises

Résultat : à la lecture des deux rapports, les contrastes sautent aux yeux. A ce titre, la désignation de chaque entreprise la plus durable par secteur est très représentative. Par exemple, Oekom Research récompense des sociétés somme BASF (Chimie), Reed Elsevier (Media), British Land (Immobilier), tandis que Sam Group prime DSM N.V (Chimie), Pearson plc (media) et Stockland (immobilier). Dans leur classement par secteur (20 secteurs pour Oekom et 58 pour Sam Group), seule Henkel est citée communément dans la catégorie des produits ménagers.

Pour Olivier Johanet, président de La Financière Responsable, société de gestion de portefeuilles de valeurs mobilières, entièrement dédiée à l'ISR, « la caractéristique principale de l'analyse extra-financière, c'est qu'il n'y a pas de normes ». En effet, contrairement à l'analyse financière classique, qui répond à des normes comptables unifiées, l'analyse extra-financière peut difficilement prétendre à une telle réglementation, en raison, notamment, de l'absence de méthodes universelles en ce qui concerne les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pour Stéphane Voisin, « Entre 2008 et 2011, les entreprises ont étoffé leurs équipes dédiées au développement durable, et ont mis en place des reportings plus détaillés et structurés, notamment pour mieux répondre aux questionnaires des agences de notation extra-financière. Aujourd'hui, 200 à 300 sociétés sont dotées d'outils de reporting performants. Mais ces outils restent très hétérogènes ». Et c'est justement là que réside la compétence de ces agences : confronter des informations qui ne sont pas comparables. D'ailleurs, la notation extra-financière reste essentiellement relative, et non absolue : ce sont les agences qui désignent telle entreprise comme meilleure que telle autre.

Enfin, une autre explication réside dans la prise en compte des critères eux-mêmes. Certaines agences ont choisi de se concentrer sur des critères clés, tandis que d'autres multiplient les indices. « Si une agence regarde 30 critères et une autre 7 ou 8, les résultats divergent nécessairement », note Stéphane Voisin. Aujourd'hui, la tendance s'oriente vers des critères plus réduits mais aussi propres à chaque secteur.

Au fil des ans, la notation extra-financière s'est structurée mais peut-on envisager une analyse normée, à l'image de la finance traditionnelle ? « Nous arriverons à quelque chose de normé lorsque l'on aura des standards de reporting normalisés. C'est la première condition. Ensuite, il faudra une méthode d'analyse commune », estime Stéphane Voisin.

Céline Oziel
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