Publié le 17 juillet 2020

FINANCE DURABLE

Plusieurs banques s’allient pour renforcer la souveraineté européenne des moyens de paiement

La crise sanitaire a mis en relief la dépendance du Vieux Continent aux systèmes de paiement internationaux. Seize banques de la zone euro se sont associées pour proposer une solution purement européenne, proposant notamment une carte bancaire et un portefeuille électronique. Elles sont activement soutenues par la Banque centrale européenne qui y voient un enjeu fort de souveraineté.

Carte bancaire CCO
L'European Payments Initiative vise à harmoniser les systèmes de paiement européens.
@CCO

L’Europe fait un pas en direction de la souveraineté de ses moyens de paiement. Seize grandes banques, dont les françaises BNP Paribas, Crédit Agricole, groupe BPCE, Crédit Mutuel, La Banque Postale et Société Générale, se sont mis d’accord pour lancer un système de paiement européen commun, baptisé European Payments Initiative (EPI). Aujourd'hui, les systèmes de paiement européens sont aujourd’hui très peu internationalisés.

La Banque centrale européenne (BCE) compte dix pays de la zone euro dont le système de paiement national n’accepte pas les cartes bancaires des autres États-membres. Cette fragmentation a laissé la place à des acteurs internationaux, dont les solutions sont disponibles dans presque tous les pays des la planète et qui dominent largement le marché. C’est le cas aussi bien pour les cartes de paiement traditionnelles, avec des entités américaines comme Visa ou Mastercard, que pour le paiement numérique (ApplePay, Paypal, Wechat, etc.).

Souveraineté européenne en péril

Cette initiative des banques issues de cinq pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France et Pays-Bas) est donc fortement soutenue par les autorités européennes. En novembre 2019, la BCE et les banques centrales des pays de la zone euro avaient d’ailleurs appelé les établissements bancaires à plus de collaboration sur les services de paiement.

"Dépendre de prestataires non européens pourrait mettre en péril la souveraineté européenne", soulignent Sylvie Goulard, sous-gouverneure de la Banque de France, et Burkhard Balz, membre du directoire de la Deutsche Bundesbank, dans une tribune parue dans Les Échos. La crise sanitaire a rendu encore plus criante "la nécessité pour l’Union européenne de préserver le fonctionnement ininterrompu des infrastructures fondamentales et la continuité des services essentiels, notamment de systèmes de paiement indépendants", expliquent-ils.

Les régulateurs européens veulent en fait s’assurer que le consommateur européen ne dépende plus de systèmes de paiement étrangers. Ils brandissent également l’argument des données personnelles, celles-ci risquant d’être moins bien protégées par des acteurs numériques non-européens. En plus du système EPI, les banques centrales restent ouvertes à d’autres initiatives privées. Mais fixent cinq objectifs pour les assurer de leur soutien. D’abord d’avoir une portée paneuropéenne, ensuite d’être facile d’utilisation pour les clients, d'avoir un coût raisonnable, d’être sécurisé, de conserver leur identité européenne et, à terme, de s’orienter à l’international.

Opérationnel en 2022

Les seize banques européennes doivent désormais peaufiner leur projet. Elles prévoient de mettre en place une carte de paiement unifiée, un portefeuille numérique et une solution de paiement entre particuliers. L’idée des partenaires est de capter le marché des acteurs internationaux, ainsi qu’une partie des règlements en espèces, avec une solution harmonisée dans toute l’Europe.

Ils doivent encore se mettre d’accord sur le partage des investissements, plusieurs milliards d’euros étant nécessaires, et sur la feuille de route à adopter. La deadline est déjà connue : les premiers échanges sur EPI devraient intervenir en 2022. D’autres banques pourraient, par ailleurs, rejoindre le dispositif, les seize membres initiaux leur donnant jusqu’à la fin de l’année pour s’associer aux membres fondateurs. Les prochains mois s’avéreront donc cruciaux pour savoir si l’initiative aboutit. Outre les investissements colossaux à consentir, il va falloir que les seize banques s’accordent sur les détails du projet tout en préservant leurs spécificités nationales.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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