Publié le 27 mai 2011

FINANCE DURABLE

Nouveaux modèles de financement pour un développement plus durable

Les déficits publics étant considérables, plusieurs acteurs proposent de nouveaux modèles pour financer une économie plus durable. Emprunt auprès de la Banque centrale pour la Fondation pour la Nature et l'Homme (ex-Fondation Nicolas Hulot), fonds spécialisé sur la forêt ou la réduction de carbone en Afrique subsaharienne, obligations vertes... Les instruments existent, reste à faire évoluer les choix stratégiques des grands investisseurs et des décideurs politiques.

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FNH : 600 milliards sur 10 ans par emprunt auprès de la Banque Centrale

Nouveau nom, nouveau président et nouvelle proposition pour « financer l'avenir sans creuser la dette », l'ex Fondation Nicolas Hulot, rebaptisée Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH), souhaite contribuer aux débats politiques, présents et à venir. Elle met sur la table une idée permettant de financer l'investissement écologique et social : un emprunt d'Etat auprès de la banque centrale européenne à taux très faible. Il permettrait de dégager les 600 milliards d'euros sur 10 ans nécessaires pour financer une économie moins émettrice de carbone. Parmi les projets possibles, FNH cite la rénovation des bâtiments anciens, qui constitue par ailleurs un objectif du Grenelle de l'environnement. Besoins estimés : 30 millions de logements à rénover pour un coût de 20 à 30 000 euros par logement. La Fondation détaille sa proposition et les projets qu'elle permettrait de concrétiser dans un document d'une quarantaine de pages, accessible sur le site de la Fondation. Pour garantir que les financements ainsi obtenus soient bien affectés aux projets permettant de « mettre en marche la transition écologique et sociale », FNH propose de créer une agence publique dont la gouvernance est encore à inventer et qui sélectionnerait et suivrait les projets.

Le Traité de Maastricht a théoriquement rendu ce dispositif impossible à mettre en œuvre, mais cela n'a rien d'insurmontable pour l'économiste Alain Grandjean du Comité de veille écologique de la Fondation, qui présentait cette proposition, le 25 mai. « Ce mécanisme a déjà été utilisé pour sauver les banques, à titre exceptionnel. Or l'urgence écologique et sociale n'est-elle pas en soi une situation exceptionnelle justifiant le recours à ce genre de système ? » interroge l'économiste.
La proposition de FNH est accompagnée d'une réflexion plus globale sur la nature des incitations financières actuelles qui favorisent les retours sur investissement élevés et « court-termistes » ainsi que l'usage fait des liquidités injectées par les Banques centrales depuis la crise. « 4000 milliards de dollars ont été apportés aux marchés financiers et au bilan des banques. Ils ont alimenté des bulles spéculatives et n'ont pas servi l'économie réelle. Au contraire ils y ont provoqué des dommages considérables» précise Gaël Giraud, autre économiste ayant planché sur la proposition de la Fondation.

Le faux problème de l'inflation

Si une dizaine d'économistes a travaillé pendant plus d'un an sur l'applicabilité d'un tel plan, c'est aussi pour essayer de démonter un à un les éventuels contre-arguments. Ils citent d'abord l'inflation que serait susceptible de générer un tel mécanisme. Pour Alain Grandjean, ce n'est pas un sujet d'inquiétude : « L'inflation actuelle est en réalité nourrie par le prix de l'énergie qui flambe. Si nous finançons la diminution de notre demande énergétique, nous maitriserons de fait l'inflation ! », explique-t-il. Le vrai blocage est sans doute ailleurs, dans l'absence de volonté des décideurs de changer de paradigme. Alain Grandjean se veut optimiste : « Nous avons déjà perdu cinq ans sur la taxe carbone. Notre proposition est réaliste, hétérodoxe et ambitieuse. Nous ne creusons pas les déficits puisque cet argent serait utilisé dans un circuit à part et que les projets seront suffisamment rentables pour rembourser les sommes empruntées. » La Fondation met son idée à disposition de tous les candidats aux présidentielles (Nicolas Hulot compris bien sûr) en espérant que l'un d'entre eux permettra de la concrétiser.

CDC Climat et Proparco : 30 millions d'euros pour des projets de réduction carbone en Afrique

Parce-que le continent africain n'attire guère les financements susceptibles de lancer des projets ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, CDC Climat, filiale de la Caisse des Dépôts dédiée à la lutte contre le changement climatique et PROPARCO, filiale de l'Agence Française de Développement (AFD) dédié au secteur privé, ont uni leurs forces. Ils ont noué, le 12 mai 2011, un partenariat stratégique qui conduit PROPARCO à entrer dans le capital de CDC Climat Asset Management, filiale de gestion d'actifs carbone de CDC Climat, et à lui confier la gestion de deux mandats de 15 millions d'euros. Le premier pour investir dans des projets de réduction des émissions de CO2 dans la zone Méditerranée, le second en Afrique subsaharienne. L'objectif est de parvenir à financer des projets permettant d'acquérir jusqu'à 3,3 millions de tonnes équivalent CO2. Pour Étienne Viard, Directeur général de PROPARCO, cette initiative d'un nouveau type dans le monde du développement, permet de « pallier les insuffisances de marché et de jouer son rôle de catalyseur de l'investissement privé dans des régions qui, négligées par les investisseurs, sont restées à l'écart de la finance carbone alors qu'elles recèlent pourtant d'importants gisements de projets.» Pour Pierre Ducret, Président Directeur général de CDC Climat, il s'agit d'un partenariat qui réunit "les meilleures compétences pour réaliser des investissements carbone de très haute qualité, tant environnementale que sociale et économique».


Climate Bond Initiative : un standard d'intégrité environnementale pour les obligations climatiques

Apparues il y a quelques années, les obligations vertes se multiplient. De quoi s'agit-il ? D'obligations émises par des Etats, des organisations financières comme la Banque Mondiale ou même des entreprises pour financer des projets environnementaux. Elles doivent être remboursées à ceux qui les achètent à une échéance fixe et sont assorties d'un taux fixe ou variable. Ces « green bonds » ont une déclinaison climatique, les « climate bonds » ou obligations climatiques émises par le même type d'organisations pour financer des projets de réduction d'émissions ou d'adaptation au changement climatique. Le réseau « Climate Bond Initiative », créé en 2009, vient de publier son projet de standard pour les obligations climatiques. Il s'agit, face au développement rapide d'un marché financier des obligations vertes, de créer une sorte de norme permettant d'une part de garantir aux investisseurs « l'intégrité environnementale » des obligations climatiques et d'autre part de mettre à disposition un outil d'évaluation de ce type d'investissement. Le projet vient d'être ouvert aux contributions, mais exclusivement en anglais.

Ces trois initiatives, qui émanent d'acteurs très différents, ont un point commun : l'invention de nouveaux modes de financement à finalité environnementale. Comme l'a rappelé Alain Grandjean en présentant l'initiative de FNH : « L'argent domine le monde et les ONG comme d'autres acteurs doivent aujourd'hui s'y intéresser pour permettre de trouver les moyens de financer le monde qu'il est urgent de construire, décarboné et plus vertueux

A C. Husson-Traore
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