Publié le 17 juin 2020

FINANCE DURABLE

Les marchés financiers continuent de grimper, loin de la réalité de l'économie

L’économie s’effondre, les chiffres américains du chômage s’envolent, les perspectives des entreprises sont mauvaises… Mais les marchés financiers s’envolent. Soutenue par des plans de relance et des injections d’argent frais dans le système, les bourses croient en une reprise rapide. Un pari risqué si une deuxième vague de l'épidémie remettait un coup de frein sur l'activité mondiale. 

Bourse Coronavirus 2
Après une chute spectaculaire en mars, les bourses mondiales se sont relevées pendant le confinement.
@CCO

 Début mars, lorsque la plupart des pays ont commencé à se mettre en confinement plus ou moins strict, les Bourses ont brutalement plongé. Puis, au mois d’avril, les marchés financiers ont commencé à retrouver des couleurs. À tel point que, début juin, les principaux indices boursiers mondiaux retrouvaient quasiment leurs niveaux d’avant crise. Seule une crainte de deuxième vague de la pandémie et une annonce en demi-teinte de la Federal Reserve (la banque centrale américaine) ont fait rechuter les marchés autour du 11 juin. Mais ce ne fut que temporaire et ils sont remontés très vite.

L’économie réelle a pourtant bien été à l’arrêt. La Banque de France annonce une chute du PIB de 10 % pour l’année 2020. Jerome Powell, le président de la Fed, a déclaré le 16 juin devant le Sénat que "le déclin du PIB ce trimestre devrait être le plus sévère jamais enregistré". Gita Gopinath, la cheffe économiste du Fonds Monétaire International (FMI), annonce pour sa part dans un billet de blog que "le prochain World Economic Outlook Update (mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale, ndr) de juin devrait montrer des taux de croissance encore pire que ceux estimés précédemment".

Une divergence frappante

Le niveau des marchés financiers n’en finit donc pas de surprendre et d’inquiéter. "Nous voyons une divergence frappante entre les marchés financiers et l’économie réelle, avec des indicateurs financiers prévoyant de meilleures perspectives de reprise que ne le suggère l’activité réelle", affirme Gita Gopinath. Les investisseurs eux-mêmes se montrent circonspects face au dynamisme en Bourse. Selon l’étude mensuelle réalisée par Bank of America auprès des investisseurs internationaux, 78 % d’entre eux considèrent que le marché est surévalué.

La raison tient notamment aux politiques monétaires des banques centrales mondiales, qui ont injecté des montants massifs sur les marchés dès le début de la crise. La plupart des gouvernements ont par ailleurs annoncé des plans de soutien à l’économie, pour permettre aux entreprises de faire le gros dos pendant la crise, puis des plans de relance pour tenter d'accélérer la reprise. Les investisseurs parient donc sur ce sauvetage, qui joue le rôle d’assurance pour leurs investissements.

Certains profitent même de cette "assurance" pour investir dans des entreprises en mauvaise position. Le loueur de voitures américain Hertz, qui s’est mis sous la protection de la loi américaine sur les faillites le 25 mai dernier, a ainsi vu son cours de Bourse décoller peu après. Même chose pour d’autres entreprises en faillite, comme le distributeur J.C. Penney, Whiting Petroleum ou encore Chesapeake Energy. Les investisseurs ayant misé sur ces entreprises font le pari à court terme qu’ils réussiront à revendre leurs titres avant l’éventuel effondrement, ou que ces entreprises seront sauvées.

Un pari risqué

C’est un pari très risqué. "Cette divergence peut entraîner une plus grande volatilité sur les marchés financiers, prévient la cheffe économiste du FMI. L’aggravation des nouvelles économiques et sanitaires peut conduire à de fortes corrections." Une deuxième vague de l’épidémie pourrait faire tomber ce château de cartes.

Des moyens existent toutefois pour se prémunir de cette grande volatilité. La finance durable, qui permet d’envisager la stratégie d’une entreprise sur le long terme en tenant compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), permet de détecter les entreprises les plus solides. Selon Trevor Green, gérant de portefeuille senior chez Aviva Investors, la crise du Covid-19 permet même de tester leur résilience. "Étaient-elles bien préparées à une éventuelle crise ? Quelle est leur capacité d’adaptation ? Ont-elles réagi rapidement pour assurer la sécurité de leur personnel, de leurs fournisseurs et de leurs clients ? (…) Les réponses à toutes ces questions permettent d’extraire de nombreuses informations utiles, notamment en ce qui concerne les facteurs ESG", écrit-il dans une note.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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