Publié le 07 août 2014

FINANCE DURABLE

Le conflit Israël-Gaza nourrit les controverses pour investisseurs éthiques

Malgré la trêve observée depuis le début de la semaine entre l'armée israélienne et le Hamas, la pression ne se relâche pas sur les investisseurs responsables. Face aux actions de guerre menées par Israël à Gaza ces dernières semaines, plusieurs fonds de pension à travers le monde sont mis en demeure de se séparer de leurs investissements dans les entreprises israéliennes. Dernier en date, le fonds de réserve pour les retraites néo-zélandais.

Boycott BDS Israel Palestine apartheid
En Afrique du Sud, des manifestants comparent la situation des palestiniens à celle des noirs sous l’apartheid.
© Hassen Isilow / ANADOLU AGENCY

Le conflit israélo-palestinien étend ses ramifications jusqu’en Nouvelle-Zélande. Début août, le fonds de réserve pour les retraites du pays a été interpellé par les partis d’opposition travailliste et écologiste qui lui demandaient de vendre les actions des 38 entreprises israéliennes qu’il détient en portefeuille.

Selon Responsible-investor.com, qui révèle cette information, Kennedy Graham, le porte-parole du parti vert, estime que “le désinvestissement des entreprises israéliennes est une action simple qui peut mettre une pression économique réelle sur le pays. Elle est susceptible de mettre fin aux atrocités commises à Gaza. Elle sera d’autant plus forte si notre exemple est suivi par d’autres pays".

Les investissements du fonds néo-zélandais dans la quarantaine d’entreprises visées représentent 4,4 millions d’euros sur un portefeuille global de 16,6 milliards d’euros. Le fonds a déjà exclu certaines compagnies comme Africa Israel Investments. Sa filiale Danya Cebus est impliquée dans la construction de colonies dans les territoires palestiniens. Ou encore Elbit Systems qui fournit un service de surveillance pour le mur de séparation construit par le gouvernement israélien en Cisjordanie.

 

Pas d'exclusion totale

 

Le fonds estime cependant qu’une exclusion totale n’est pas justifiée. Pour lui, il faut distinguer ʺles entreprises directement et concrètement impliquées dans une activité controversée de celles qui fournissent dans le cadre de leurs affaires courantes un service ou des équipementsʺ. Alors, où placer la barre d’une activité controversée dans des zones de très fortes tensions comme les territoires occupés ?

Cette question est posée à de nombreux investisseurs éthiques. Ils y apportent des réponses différentes.

L’Eglise presbytérienne américaine, par exemple, a décidé le 21 juin 2014, à une courte majorité, d’exclure trois entreprises américaines: Motorala, Hewlett Packard et Caterpillar. Leur argument : le but de leurs activités dans les territoires occupés ʺn’était pas pacifique".

Cette décision, sur un sujet aussi sensible, a donné lieu à un débat intense au sein de l’Eglise et chaque mot des déclarations publiques a été pesé. L’Eglise a réaffirmé son engagement en faveur du dialogue œcuménique entre les religions et en faveur de la paix. Elle a enfin pris soin de préciser que cette décision ne constituait pas un ralliement au mouvement BDS (pour Boycott, désinvestissement et sanctions).

L’Eglise presbytérienne américaine reproche à Caterpillar ses équipements spéciaux pour les bulldozers qui détruisent les maisons palestiniennes, à Motorola l’utilisation de ces systèmes de surveillance et d’équipement militaires dans les colonies et à Hewlett Packard les technologies qu’elle procure au blocus naval de Gaza. Ses investissements dans ces trois entreprises représentent 15,5 millions d’euros sur un portefeuille actions global de près de 500 millions d’euros.

 

Le gouvernement israélien ne veut pas être assimilé à l'apartheid

 

Quelques mois auparavant, le fonds de pension néerlandais PGGM avait fait les frais des tensions générées par le conflit israélo-palestinien. Depuis qu’il a décidé d’exclure cinq banques israéliennes en raison de leur complicité de violation des droits humains en janvier 2014, il  fait face à une importante polémique. Il justifie sa position sur son site Internet.

La situation dans les territoires occupés est un des sujets auxquels sont confrontés les investisseurs soucieux de faire respecter les droits humains par les entreprises dont ils détiennent des actions. Or, Israël ne veut en aucun cas être assimilé à l’Afrique du Sud de l’apartheid, placée sur liste noire pour violation des droits humains. Le boycott économique avait joué un rôle clef dans le soutien au combat de Nelson Mandela.

Anne-Catherine Husson-Traore avec Responsibleinvestors.com
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