Publié le 26 novembre 2019

FINANCE DURABLE

Les grandes entreprises françaises se dotent (enfin) d'outils pour aligner leur stratégie sur l'accord de Paris

L’Afep, l’association des grands groupes français, a commandé un rapport au Shift Project pour aider les entreprises à mettre en place des scénarios du changement climatique adapté à leurs modèles d’affaires. Une première pour les entreprises qui déclarent avoir besoin d’outils mieux adaptés pour affiner leur stratégie climatique et mieux communiquer avec leurs parties prenantes.

Woodlawn Phototeque Veolia
Veolia veut mettre en place des scénarios sur le changement climatique pour l'ensemble de ses activités.
@Veolia

"Les entreprises se préparent et c’est une surprise ! Il y a dix ans, la seule entreprise que je connaissais qui travaillait sur des scénarios climat était Shell", s’amuse Karel Lanoo, PDG de CEPS, un think-tank spécialisé dans les affaires européennes. L’Afep, l’association des entreprises privées qui réunit 113 grands groupes français, vient justement de publier un rapport avec le Shift Project pour inciter ses membres à développer des scénarios à 2 degrés ou moins, et les aider à bâtir leur stratégie climat.

L’inquiétude croissante des investisseurs sur la prise en compte du risque climatique dans la stratégie des entreprises, et les travaux de la Task-force on climate-related financial disclosures (TCFD), ont motivé les grands groupes à se pencher sur la question. Ce qui leur manquait jusqu’alors ? Les bons outils, les différents scénarios publics existants (Agence internationale de l’énergie, Conseil mondial de l’énergie, etc.) n’étant pas suffisamment adaptés aux affaires.

Un outil adapté

"On demande souvent aux entreprises si elles sont alignées sur les objectifs de l’Accord de Paris, mais comment peuvent-elles y répondre ?", demande François Soulmagnon, directeur général de l’Afep. Quelques sociétés, principalement des majors pétrolières, ont déjà commencé à travailler sur leurs scénarios. Le rapport mentionne d’ailleurs les travaux de Shell et Equinor. Mais beaucoup d’entreprises se cantonnent pour l’instant à utiliser un prix du carbone pour évaluer leurs investissements. Un outil bien trop limité, qui ne prend pas en compte les évolutions sociétales qui auront un impact sur le chiffre d’affaires des entreprises.

L’étude du Shift Project, intitulée "Scénarios énergie-climat, évaluation et mode d’emploi", doit donc apporter la réponse. Elle fournit une méthodologie précise pour permettre aux entreprises de rédiger leurs propres scénarios de l’impact du changement climatique sur leurs modèles d’affaire et d’intégrer les résultats dans leur stratégie. Cette méthode vise à développer des scénarios prospectifs qui doivent imaginer la transformation de la société et de l’économie mondiale (modes de déplacement, styles de vie et de consommation, augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes, etc.), et l’appliquer à la stratégie de l’entreprise.

Impliquer le top management

"L’intérêt de cette approche prospective, c’est qu’elle oblige le top management à reconnaître les disruptions et à les intégrer dans leur stratégie", confie Romain Grandjean, chef de projet au Shift Project. L’étude détaille le travail en quatre parties à réaliser pour élaborer un scénario : écrire un narratif décrivant un futur possible, déterminer des hypothèses chiffrées sur les facteurs liés au narratif, établir un modèle mathématique nourri de ces chiffres et prendre en compte les résultats. Le Shift project conseille d’établir plusieurs scénarios différents et d’impliquer aussi bien les opérationnels de l’entreprise que les directions de la stratégie, et de remonter le travail jusqu’au comité exécutif.

La société Véolia, qui avait déjà établi des scénarios de réchauffement climatique pour ses activités dans l’énergie, commence à utiliser la méthode du Shift Project pour l’ensemble de l’entreprise. "Cela va nous permettre d’analyser l’impact du changement climatique sur nos business models, mais aussi sur toute notre chaîne de valeur, explique Alice Peyrard, directrice de l’engagement sur le climat de Veolia. Nous travaillons aujourd’hui sur ces scénarios à partir des risques que nous estimons matériels, pour que d’ici deux ans nous ayons mis en place notre stratégie."

Arnaud Dumas, @ADumas5


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