Publié le 10 avril 2018

FINANCE DURABLE

Les Banques de France et d’Angleterre appellent à plus de régulation du secteur financier face au risque climatique

Selon le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, plutôt que de seulement favoriser les initiatives vertes du secteur financier, le temps est venu de pénaliser les actifs bruns, néfastes pour le climat. Il propose même des stress tests carbone pour les banques. De son côté, le gouverneur de la banque d’Angleterre, Mark Carney, appelle à agir avant que le système financier ne soit déstabilisé.

Francois Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.
@EricPiermont/AFP

Pour la première fois, le 6 avril, le "Réseau des superviseurs et des banques centrales pour le verdissement du système financier" (NGFS) s’est réuni à Amsterdam. Initié par la Banque de France, ce mouvement a été officialisé lors du One Planet Summit le 12 décembre dernier à Paris. À cette occasion, les gouverneurs de la Banque de France et de la Banque d’Angleterre ont appelé à des mesures fortes pour s’assurer de la résilience des banques et des assurances face au changement climatique.

"Nous devrions développer des stress-tests carbone prospectifs pour les compagnies d'assurance et les banques - ce que j'appelle la vidéo des risques. C'est évidemment une tâche complexe et difficile, mais c'est essentiel", assure François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, dans son discours inaugural. Outre ces tests, il propose des obligations de reporting des risques liés au climat pour les banques et assureurs européens. Il imagine aussi l’instauration de pénalités pour la détention d’actifs intensifs en carbone.

Des facteurs pénalisants

Plutôt qu’un "facteur de soutien vert", le haut fonctionnaire veut "plutôt cibler les actifs bruns (néfastes pour le climat, ndr) avec un "facteur pénalisant brun", car les risques climatiques finiront forcément par se matérialiser". Il rappelle que l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) estime que 13 % des engagements de crédit des banques françaises sont exposés à des secteurs vulnérables au changement climatique.

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, a également appuyé ce besoin urgent de verdissement de la finance. "Une fois que le changement climatique deviendra un danger clair et réel pour la stabilité financière, il sera peut-être déjà trop tard", a-t-il déclaré. "Notre responsabilité est de travailler de manière à positionner le système financier dans son ensemble afin qu'il puisse s'adapter de manière harmonieuse, efficace et ordonnée à l'évolution des politiques climatiques".

S’il craint les "impacts catastrophiques" du changement climatique, il voit aussi des raisons d’être optimiste. Il souligne "une transition vers l'action" qui émerge chez les gouvernements, assureurs, banques et décideurs politiques. Les deux gouverneurs ont d’ailleurs souligné en ce sens le plan d’action de l’Union européenne sur la Finance durable, révélé le 22 mars.

La TCFD comme cap

Il se réjouit aussi que les plus grandes institutions financières, gérant 80 trillions de dollars d'actifs, soutiennent officiellement le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD). "Un cercle vertueux est en train de se construire avec une meilleure compréhension des risques à venir, de meilleurs choix pour les investisseurs, de meilleurs choix des décideurs et une transition en douceur vers une économie sobre en carbone", conclut-il.

Si la trentaine de superviseurs financiers présents à cette réunion ne se sont pas mis d’accord sur les actions à mettre en place, tous acceptent le principe que la régulation doit être adaptée aux risques que représente le changement climatique pour le milieu bancaire, rapporte le Financial Times.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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