Publié le 16 novembre 2017

FINANCE DURABLE

Le fonds souverain norvégien, bâti sur les hydrocarbures, pourrait renoncer au pétrole et au gaz

C’est un signal majeur. Le fonds souverain norvégien, qui a bâti sa richesse sur l’exploitation pétrolière, pourrait bien renoncer aux hydrocarbures. Loin de toute considération environnementale, c’est une recommandation purement économique qui émane de la Banque de Norvège. Cela réduira la vulnérabilité du fonds face à la volatilité des cours. La Norvège est aujourd’hui le premier producteur de pétrole en Europe avec 1,55 million  de barils par jour.

Dans la série Occupied de 2015, la Norvège décide de mettre fin à l'exploitation du pétrole. La réalité se rapproche de la fiction.
DR

Lui-même alimenté par les revenus pétroliers de l'État norvégien, le plus gros fonds souverain au monde devrait désinvestir du secteur des hydrocarbures, a estimé jeudi la Banque de Norvège, chargée de sa gestion.

Dans une lettre au gouvernement, la banque centrale fait valoir qu'un désengagement du fonds du secteur pétro-gazier permettrait à la Norvège, principal producteur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest, de réduire sa vulnérabilité face à une chute durable du cours du baril.

Le secteur pétrolier - hors services - représente 14 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays nordique. À l'heure actuelle, toute baisse du prix de l'or noir, comme celle observée depuis l'été 2014, affecte les revenus publics mais aussi les investissements du fonds dont l'État dépend de plus en plus pour financer son budget.

Pas de jugement sur le "caractère durable" du pétrole

"Cette recommandation s'appuie exclusivement sur des arguments financiers et des analyses ayant trait à l'exposition totale de l'État au pétrole", a souligné le vice-gouverneur de la banque, Egil Matsen, dans un communiqué.

Elle "ne reflète aucunement une vue quelconque sur l'évolution du prix du pétrole, sur la rentabilité future du secteur pétro-gazier ou sur son caractère durable", a-t-il souligné.

Dans la pratique, l'institut d'émission préconise de retirer les valeurs pétro-gazières de l'indice de référence qui encadre ses placements, ce qui lui laisserait tout de même quelques latitudes pour investir modestement dans le secteur.

Le ministère des Finances a réagi en annonçant qu'il présenterait ses conclusions "à l'automne 2018". "La problématique abordée par la Banque de Norvège est étendue et a de nombreuses facettes", a souligné la ministre Siv Jensen dans un communiqué.

Déjà sorti du charbon

"Le gouvernement est responsable de l'économie norvégienne dans sa totalité et doit adopter une approche large et complète sur cette question", a-t-elle ajouté. Abondé par des revenus pétroliers publics qui ont fortement décliné ces dernières années, le fonds norvégien pèse aujourd'hui 854 milliards d'euros placés pour l'essentiel en actions (65,9 %) mais aussi en obligations et dans l'immobilier.

Cette décision s'inscrit dans la volonté plus large du pays de diversifier son économie. Le pays est déjà fortement lié à l'économie pétrolière avec les vastes exploitations offshores et la présence de l'État à plus de 70 % au capital de la major pétrolière Statoil. Aussi, dans la lettre adressé au gouvernement, la banque centrale appelle le fonds à continuer à diversifier ses investissements.

Celui-ci avait déjà engagés cette démarche en 2015 en décidant de désinvestir des industries minières et des énergéticiens dépendants du charbon. L'idée générale est désormais que le pays, déjà soumis à un risque économiques lié aux énergies fossiles, ne soit pas en plus soumis à un risque financier. 

La Rédaction avec AFP


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