Publié le 01 février 2019

FINANCE DURABLE

Le fonds souverain norvégien attaqué sur sa stratégie d’investissement éthique

Le fonds souverain aux 1000 milliards de dollars d’actifs sous gestion se retrouve sous le feu des critiques des conservateurs norvégiens. La nouvelle coalition conservatrice au pouvoir s’alarme notamment du nombre de secteurs exclus du champ d’intervention du fonds, trop nombreux à son goût. Le ministère des Finances va créer une commission chargée de passer en revue les principes d’investissement éthiques de son fonds souverain. Les conclusions ne seront pas rendues avant plusieurs mois

Le fonds souverain norvégien a été constitué à partir des bénéfices enregistrés par l'exploitation des champs pétroliers du pays.
@Pixabay

La transition vers l’investissement plus responsable ne se fait pas sans heurts. La stratégie d’exclusion de certains secteurs par le fonds souverain norvégien fait l’objet de critiques au sein même de son gouvernement. À la demande du parlement norvégien, le ministère des Finances va constituer une commission d’experts pour évaluer la politique d’investissement éthique du fonds.

La nouvelle coalition conservatrice au pouvoir en Norvège semble notamment vouloir regarder de plus près les pratiques d’exclusion de certaines activités du fonds. Et éviter que de nouveaux secteurs soient ajoutés trop régulièrement. Le risque, selon la majorité conservatrice, serait que le fonds soit utilisé à des fins plus politiques que financières. Les parlementaires travaillistes et conservateurs se divisent régulièrement à ce sujet.

Le parlement doit notamment se prononcer début 2019 sur la possibilité d’ajouter à sa liste de secteurs exclus celui des jeux et paris et, surtout, celui du pétrole et gaz. Surprenant à première vue pour un fonds qui tire sa richesse de l’exploitation des hydrocarbures par la Norvège. Ses dirigeants estiment au contraire que le fonds, suffisamment exposé aux risques relatifs au secteur du pétrole et gaz, ne doit pas en rajouter en investissant dans ce secteur. Des propositions qui ne sont pas au goût de la majorité conservatrice.

Le mandat encore à définir

La procédure va toutefois prendre du temps. "Pour le moment, nous ne connaissons pas le mandat exact de cette commission, nous ne savons donc pas sur quelles règles il devra se prononcer", rappelle Hilde Jervan, conseiller en chef du comité d’éthique du Government pension fund global (GPFG). Le comité éthique est chargé de conseiller les dirigeants du fonds sur la compatibilité entre leurs investissements et les règles éthiques fixées par le parlement.

Le ministère des Finances, la tutelle du GPFG, devrait annoncer la composition du comité d’expert et son mandat dans les prochaines semaines. "Cette commission va travailler pendant plusieurs mois, puis proposera un rapport au parlement. Un changement des pratiques peut donc prendre deux ou trois ans", explique Hilde Jervan.

Ces éventuelles modifications des principes directeurs du fonds norvégien sont scrutées à la loupe aussi bien par les autres investisseurs éthiques que par les entreprises. Le GPFG est le premier actionnaire mondial, avec 1,4 % des actifs mondiaux et 2,4 % des actifs européens.

Une liste noire très suivie

Sa liste noire compte près de 150 entreprises, exclues ou mises en observation en raison de leurs pratiques non éthiques (violation des droits de l’homme, dommages environnementaux sévères, etc.) ou de leur activité (entreprises minières et producteurs d’énergie dont l’activité ou le chiffre d’affaires dépend à plus de 30 % du charbon, etc.). Et l’impact de ses décisions s’étend bien au-delà de la Norvège, de nombreux investisseurs lui emboîtant le pas.

Si les questions sur la stratégie d’investissement éthique commencent à se poser en Norvège, le voisin finlandais, lui, trace sa route. Varma, le fonds de pension aux 46,9 milliards d’euros sous gestion, vient d’annoncer sa décision de renforcer sa politique de lutte contre le réchauffement climatique. Il a annoncé vouloir renforcer l’audit sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre et a ajouté à sa liste noire les entreprises dont l’activité dépend à plus de 30 % du charbon ou du lignite. Comme l’avait fait le fonds souverain norvégien en 2015.

Arnaud Dumas @Adumas5


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