Publié le 12 avril 2012

FINANCE DURABLE

L'ISR passe le cap des 100 milliards d'euros

En 2011, le marché ISR français a dépassé les 115 milliards d'euros, poussé par les conversions de gros fonds classiques à des règles de gestion intégrant des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Ces chiffres sont le fruit de l'enquête annuelle exclusive réalisée par le centre de recherche ISR de Novethic auprès de la quasi-totalité des acteurs français. Il a dans le même temps analysé un autre marché, celui des fonds verts européens.

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Les fonds verts sont palots

Le centre de recherche ISR a analysé le marché européen des fonds thématiques environnementaux. Lors d'une première enquête en 2008 il en avait identifié près de 200. Quatre ans après, ces fonds verts ont perdu leur vigueur. On en compte toujours 194 proposés dans 18 pays mais leurs encours totaux s'élèvent à 13,3 milliards d'euros et la collecte sur trois ans n'a été que de 910 millions d'euros. Les marchés cotés ne croient pas à la croissance verte ce qui se traduit par les contre performances financières des fonds verts (-41,6 % en 2008 et -19 % en 2011). Les promoteurs de fonds verts ne semblent pas beaucoup plus convaincus puisque l'analyse de la composition de ces fonds montre qu'ils peuvent être d'un vert très pâle. Les investissements sont totalement en ligne avec la thématique annoncée pour la moitié seulement d'entre eux et 38 % sont investis de façon minoritaire dans des secteurs sans lien apparent avec la thématique affichée.

Avec une croissance de 69 % entre 2010 et 2011 et 115, 3 milliards d'euros d'actifs, l'ISR français reste très dynamique malgré des conditions de marché qui ne sont guère porteuses. Pour les seuls fonds ISR proposés aux clients particuliers et institutionnels (16 % du total), la collecte reste négative avec -2,4 milliards d'euros, essentiellement parce que les fonds actions et monétaires ont fait l'objet de rachats très importants. Les performances sont elles aussi négatives avec - 1,4 milliards d'euros dans un contexte de baisse générale puisque le CAC 40 a perdu quasiment 17% sur l'année 2011. Le développement de l'ISR actuel repose donc sur la conversion de gros fonds actions et monétaires, ainsi que de 2,2 milliards d'euros investis dans des fonds en euros, principal support de l'assurance-vie et placement privilégié des Français. En tout 24, 9 milliards d'euros sont donc passés d'une gestion traditionnelle à une gestion intégrant des critères d'évaluation Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).
Ce mouvement émane de sociétés de gestion qui se sont dotées d'équipes internes et ont développé des méthodologies ISR spécifiques. Cette stratégie de conversion permet en principe d'utiliser à bon escient l'analyse extra-financière sur tous types de placements pour mieux identifier des risques d'ordre environnemental ou social ou repérer des entreprises performantes dans ces deux domaines. Elle n'a pas pour objetde répondre à une demande de clients qui ne sont informés qu'après coup de cette transformation.
Les épargnants particuliers représentent toujours un tiers du marché, contre deux tiers pour les institutionnels. La dynamique vient de l'épargne salariale puisqu'un euro sur quatre investis en épargne salariale (diffusée au sein des entreprises) est désormais ISR. Avec une croissance de 38 %, les encours atteignaient 13,2 milliards d'euros à fin 2011.

Exclusion normative

Au delà de ces pratiques de gestion, les acteurs financiers sont de plus en plus nombreux à intégrer, à un titre ou un autre, des paramètres ESG. Ils le font soit par le biais d'une diffusion de l'analyse ESG dans toutes leurs bases de données de valeurs, soit en devenant des actionnaires plus engagés auprès des entreprises pour qu'elles prennent mieux en compte le développement durable, soit enfin en instituant des exclusions normatives. Cela consiste à s'interdire d'investir dans des entreprises qui violent de façon grave et répétée des conventions internationales sur les droits humains ou l'environnement. Pour la première fois cette année le centre de recherche ISR a pu quantifier les encours soumis à ces exclusions. Les plus répandues concernent l'interdiction d'investir dans les entreprises qui produisent des armes controversées (Mines antipersonnel et Bombes à sous-munition), prohibées par deux conventions internationales transposées en droit français en 2010. Cette exclusion est aujourd'hui appliquée sur 3221 milliards d'euros par 26 acteurs (les encours globaux du panel de l'enquête s'élèvent à 3820 milliards d'euros). Une dizaine d'investisseurs institutionnels ISR pratiquent eux une exclusion normative plus large qui les conduit à bannir des entreprises qui ne respectent pas les conventions l'OIT sur les droits sociaux ou la Déclaration Universelle des droits de l'homme. Même si ces démarches s'appliquent sur 1823 milliards d'euros d'encours, leur impact reste limité puisque les listes noires d'entreprises comptent rarement plus d'une vingtaine de noms.


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