Publié le 11 avril 2014

FINANCE DURABLE

L’investissement responsable français : un secteur en mutation

L’investissement responsable représente 20 % de la gestion d’actifs en France. Il pèse plus de 600 milliards d’euros. C’est ce qui ressort de l’enquête annuelle publiée jeudi 10 avril par le centre de recherche de Novethic. La dixième édition de cette étude dresse un constat positif de la diffusion de l’intégration de critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans différents modes de gestion financière.

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En seulement 10 ans, le monde de l’investissement responsable (IR) s’est profondément transformé. Il se résumait, en 2003, aux seuls fonds ISR (investissement socialement responsable) dont l’encours a depuis été multiplié par 40 pour atteindre près de 170 milliards d’euros fin 2013. Pourtant, aujourd’hui, si la croissance de l’ISR se poursuit (+ 14 % en 2013), elle se fait au ralenti. Elle était en effet de + 29 % en 2012, de + 69 % en 2011 et de + 35 % en 2010.

La dynamique de croissance est à chercher du côté de l’intégration des critères extra-financiers au-delà des produits spécifiques (ISR). Ceux-ci se généralisent en effet parfois à l’ensemble d’une société de gestion, créant un marché plus étendu de l’investissement responsable. C’est ce phénomène que met en lumière l’enquête, réalisée par le centre de recherche de Novethic, auprès des acteurs de l’investissement responsable en France (57 sociétés de gestion et 8 investisseurs institutionnels).

 

1 euro sur 5 géré en France intègre des critères extra-financiers

Le centre de recherche de Novethic chiffre à 440 milliards d’euros les encours sur lesquels on applique des techniques d’investissement responsable de cette nature. Si l’on additionne ces deux stratégies d’investissement responsable, on constate qu’1 euro sur 5 géré en France intègre, peu ou prou, des critères extra-financiers.

Deux autres phénomènes méritent d’être relevés. Le premier concerne l’extension des exclusions normatives. Elles consistent à éviter d’investir dans les entreprises controversées en raison de leurs pratiques, lorsqu’elles violent les droits humains ou qu’elles provoquent des dégâts environnementaux. Ces critères sont aujourd’hui appliqués à 1 445 milliards d’euros, soit près de la moitié de la gestion d’actifs en France.

Le second phénomène est l’apparition d’un engagement actionnarial structuré dans l’investissement responsable français. L’année dernière, 8 acteurs de l’ISR ont publié une politique d’engagement. On recense 340 actions spécifiques sur des thèmes comme la corruption, la chaîne de sous-traitance ou la rémunération des dirigeants.

La transparence, un gage de crédibilité

L’investissement responsable, tout comme l’ISR, reste une démarche volontaire pour laquelle chaque praticien propose sa propre définition. Il est donc indispensable que ses promoteurs puissent afficher clairement quelles sont leurs stratégies, sur quelles classes d’actifs elles portent et quelles sont les techniques qu’ils mettent en œuvre. Pour 2013, le centre de recherche n’a été en mesure de fournir ces informations que pour 103 milliards sur les 170 que comptent les fonds ISR français. Un seul acteur a choisi de ne communiquer aucun détail sur les 70 milliards qu’ils déclarent en ISR. Amundi, la société de gestion du groupe Crédit Agricole et LCL, souhaite en effet être crue sur parole.

Dans le monde de l’ISR post crise financière, il est étrange de ne pas vouloir donner des gages de crédibilité, tant à ses clients qu’aux autres acteurs du marché au centre de recherche spécialisé sur l’investissement responsable, qui offre la seule source de statistiques sur le marché français. Ce marché se développe et bouscule la gestion financière traditionnelle mais il n’est pas encore capable de mettre un terme à  certains réflexes d’opacité toujours à l’œuvre dans le secteur de la finance.

Anne-Catherine Husson-Traore
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