Publié le 12 avril 2016

FINANCE DURABLE

L’ "impact investing" ou comment financer l’innovation sociale et environnementale

Rapprocher le monde de la finance de celui des entreprises vertueuses, c’est possible. Des investisseurs à la fibre sociale tels qu’Aviva France le démontrent. L’assureur a lancé il y a deux ans, avec Le Comptoir de l’innovation, un fonds entièrement dédié au financement d’entreprises dont la mission est de résoudre une problématique sociale, sociétale et/ou environnementale. C’est ce qu’on appelle l’ "impact investing" ou "investissement d’impact". Explications.

ESS impact investing istock
Photo d'illustration.
iStock

30 millions d’euros. C’est l’investissement engagé par Aviva France pour financer les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Comment ? Via un fonds de capital-développement dédié, Aviva Impact Investing France, créé en 2014 en partenariat avec Le Comptoir de l’innovation. Cet acteur traditionnel de l’assurance a déjà soutenu une vingtaine d’entreprises françaises dans une dizaine de secteurs, tels que l’éducation, l’insertion, le recyclage ou le médico-social.

"Notre credo, c’est de ne pas opposer rentabilité et impact social, explique Philippe Taffin, le directeur des investissements d’Aviva France. Nous œuvrons pour une finance utile." Les entreprises sélectionnées sont celles dont le business model a déjà fait ses preuves et qui souhaitent changer d’échelle par un renforcement de leurs fonds propres. L’investissement moyen est de 400 000 euros ; 800 000 euros pour le plus important. Le retour sur investissement espéré est de l’ordre de 3,5 à 4% pour un placement de 5 à 7 ans.

 

Le profit ? Un outil

 

Mais c’est surtout l’impact social et environnemental qui compte, précise Thierry Deheuvels, le président du comité d’investissement d’Aviva Impact Investing France. "La finance peut être notre amie, ça a toujours été ma philosophie, raconte-t-il. Je pense que nous pouvons changer le monde si l’on revient à l’objectif premier de l’entreprise : faire du profit oui, mais comme un outil et non pas comme un but." 

Thibault Lamarque est le fondateur de Castalie, une entreprise qui valorise l’eau du robinet grâce à un système de micro-filtration. L’entreprise a été soutenue "au moment de son accélération, commente Thierry Lamarque. Aviva ne nous a pas demandé de rendement garanti mais s’est montré plus intéressé par notre impact environnemental et les emplois créés que par les risques". Castalie a créé 30 emplois en cinq ans et a remplacé en 2015 la consommation de 4 millions de bouteilles d’eau en France. A horizon 2018, la start-up a l’ambition d’étendre son réseau auprès de plus de 3000 clients (restaurants, hôtels, entreprises, collectivités).

Aviva France a décidé d’aller plus loin et de cibler également les entreprises en phase d’amorçage. Un partenariat avec la plateforme de financement participatif 1001Pact met ainsi en contact des particuliers et des entreprises à fort impact social, sociétal et/ou environnemental.

Pour chaque euro investi par le grand public dans les projets sélectionnés par son comité d’investissement, Aviva Impact Investing France ajoutera un euro supplémentaire. "Nous sommes convaincus du potentiel de rendements vertueux qu’offre l’économie réelle pour tous les investisseurs", déclare Nicolas Schimel, directeur général d’Aviva France.

 

"À mi-chemin entre la philanthropie et l’investissement responsable"

 

Cette annonce est intervenue lors du lancement de la cinquième édition du forum Impact², dédié à la nouvelle économie et qui a réuni jeudi 7 avril, à Paris, plus de 1 500 décideurs venus de 50 pays. Nicolas Hazard, le président du Comptoir de l’innovation et d’Aviva Impact Investing France est à l’origine de cet événement. C’est l'un des pionniers du concept d’impact investing en France. "Le terme a été popularisé dans les années 2000 avec la publication d’une étude de JPMorgan. Celle-ci estimait que l’impact investing allait représenter d’ici 15 à 20 ans une part substantielle de la finance mondiale."

Les pionniers français du genre ont été Citizen capital, en 2008, et Alter Equity en 2009. De son côté, Nicolas Hazard, après avoir lancé son premier fonds, a noué un partenariat avec Aviva France. Au total, 170 entreprises ont été soutenues, 2 000 emplois créés et plus de 100 millions d’euros de fonds ont été levés."Cela démontre bien que l’impact investing est une réalité économique, à mi-chemin entre la philanthropie et l’investissement socialement responsable (ISR), explique-t-il. C’est une économie positive qui crée de l’emploi grâce à des entreprises inclusives et durables. Et le mouvement, de fait, est appelé à grandir au vu de l’accroissement des inégalités et du changement climatique."

Aujourd'hui, l'Impact investing pèse 46 milliards de dollars à l'échelle internationale. Les analystes de la banque JPMorgan estiment à 1 000 milliards de dollars son poids d'ici à 2020. Signe que le mouvement prend de l'ampleur au niveau mondial, le G8 a lancé une task force sur le "social impact investments" en 2013. Elle a produit son premier rapport en septembre dernier. Barack Obama a quant à lui décidé d'y consacrer un milliard de dollars via des fonds qui investissent dans des sociétés situées en zones défavorisées. En France, François Hollande, alors candidat, avait promis que la nouvelle Banque Publique d'Investissement (BPI), créée en 2013, mobiliserait 500 millions d'euros de crédits en faveur de l'économie sociale et solidaire. Des fonds qui tardent à être débloqués.

Concepcion Alvarez
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