Publié le 10 novembre 2020

FINANCE DURABLE

L’annonce d'un vaccin pour le Covid-19 dope les bourses et creuse l’écart avec la réalité économique

Il a suffi d’un espoir de mettre fin à l’épidémie de Covid-19 pour que les bourses repassent au beau fixe. Les laboratoires Pfizer et Biontech assurent disposer d’un vaccin efficace à 90 %, produit massivement dès 2021 . Leur annonce a déclenché la hausse de valeurs du secteur de la santé et de celles mises à mal par la crise comme Air France, Airbus ou Total. Dans le même temps, les "valeurs du confinement" comme Amazon, Netflix ou Zoom reculent. Ces réactions algorithmiques creusent l’écart avec des réalité des sociales, économiques et enironnementales toujours plus préoccupantes.

Vaccin Covid herraez
Lundi 10 novembre, les laboratoires Pfizer et Biotech ont annoncé la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19.
@Herraez

Les laboratoires Pfizer et Biontech ont annoncé mardi 10 novembre, dans un communiqué commun, qu’ils disposaient d’un vaccin contre le Covid-19 efficace à 90 %. Une certitude obtenue au terme des essais de phase trois, dernière étape avant de pouvoir faire une demande de mise sur le marché. "Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19", a déclaré le PDG de Pfizer, Albert Bourla.

Il n’en fallait pas plus aux bourses mondiales pour grimper en flèche. Le Dow Jones a gagné 3 %, Londres 5 % et Paris 7,6 %. Dans le détail toutefois, les valeurs boursières réagissent différemment. Celles qui ont bénéficié à plein des confinements mondiaux, les entreprises spécialistes du "Stay at home" (Rester à la maison), reculent. Amazon a perdu brutalement 5 %. Netflix recule de 8 % et Zoom, le spécialiste des réunions virtuelles et des apéros à distance, s’effondre de 17 %.

Encore beaucoup de chemin

De l’autre côté, les valeurs liées à la mobilité retrouvent des couleurs. Le secteur aérien mis à genoux par la crise en profite. L’avionneur Airbus a ainsi gagné 31,6 % en une seule journée et Air France, sous perfusions des subsides publiques, a progressé de 27,5 % ! Le pétrole est aussi bien orienté avec le Brent qui a pris 6 % ce dont bénéficie Total qui s’envole de 15 %.

Les places financières surréagissent alors qu’il reste encore beaucoup de chemin avant que le vaccin de Pfizer ne change l’état du monde. Si le remède est efficace à 90 % - ce qui est remarquable en si peu de temps - Pfizer mise sur une production de 50 millions de doses d’ici fin 2020, 1,3 milliard de doses en 2021. L’Europe a déjà précommandé 300 millions de doses. Ces chiffres pourraient apporter un semblant de rationnel à la hausse du moment pourtant ils reflètent surtout la décorrélation des marchés financiers et de leurs énormes volumes de transactions avec la réalité économique, sociale et climatique du monde.

Les algorithmes du trading à haute fréquence sont programmés pour qu’un vaccin contre le COVID ramène le monde d’avant, celui d’une circulation intense du trafic aérien et du recours massif aux énergies fossiles nécessaires pour faire à nouveau tourner les usines du monde à plein régime. Désespérant pour les défenseurs de l’environnement et tous ceux qui espèrent que cette crise majeure va servir à accélérer la transformation de l’économie vers des modèles plus respectueux du climat et des humains.

Grève de la faim

Le député européen Pierre Larrouturou est de ceux-là. Phénomène inédit :  il est à la fois rapporteur du budget européen et en grève de la faim depuis 13 jours devant le Parlement pour obtenir, enfin, une taxe sur les transactions financières. Elle pourrait rapporter jusqu’à 60 milliards d’euros par an à l’Union, une somme cruciale pour financer le Green Deal indispensable à la transformation. Le projet est techniquement prêt mais il manque l’accord de certains gouvernements dont celui de la France.

Le cri d’alerte de Pierre Larrouturou vise à rendre le débat public et a mobilisé les citoyens sur une question bien plus importante que la hausse ou la baisse des cours. À quoi sert de faire grossir toujours plus les échanges de de flux financiers au sein des bourses si cela ne permet pas de contribuer à financer la lutte contre les difficultés réelles dans lesquelles se débat la planète : pandémie du COVID 19 , réchauffement climatique, creusement des inégalités sociales…

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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