Publié le 28 septembre 2018

FINANCE DURABLE

Finance durable : des engagements aux actes, il y a tant d’obstacles !

Toronto et Wall Street ont annoncé vouloir lancer des initiatives pour rejoindre le mouvement de la finance durable… voire en devenir des leaders. Mais la première regroupe les plus grands producteurs de sables bitumineux au monde, le second est porté par des visions à court terme. Pour prouver l’authenticité de leur engagement, il leur faudra faire muter les entreprises.

La fillette sans peur face au taureau de Wall Street.
@AFP/ManuelCohen

Les lumières du One Planet Summit 2, animé par Emmanuel Macron, viennent de s’éteindre à New York. Elles s’étaient allumées peu après le sommet climat de San Francisco. Elles précédaient également la série d’évènements qui va conduire la caravane de financiers de haut niveau emmenée par Michael Bloomberg à Paris en novembre pour prendre de nouveaux engagements.

Ce réflexe enclenché par le premier Climate Finance Day, organisé dans la capitale française en 2015, a fait bouger les lignes sans aucun doute. Il a cristallisé autour du concept de finance durable les poids lourds de la planète finance. Il a permis à la Commission Européenne d’adopter son plan d’action en mars 2018. Cela a entrainé le marché des green bonds au-delà de 2 000 milliards de dollars cette année.

Toronto et Wall Street

Et les capitales financières lancent, les unes après les autres, des initiatives dont les noms et les feuilles de route sont en principe quasiment les mêmes : promouvoir la "green and sustainable finance" et tendre vers les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD). La plupart d’entre elles sont réunies au sein du Réseau International des "places financières durables", basé à Genève et parrainé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP).

On y retrouve une vingtaine d’initiatives dont la française "Finance for Tomorrow" (à laquelle participe Novethic), et l’une des dernières venues : Toronto. Cette dernière a publié un rapport le 17 septembre expliquant que Toronto avait tous les atouts pour devenir le leader de la finance durable en Amérique du Nord voire dans le monde ! Dix jours plus tard, Michael Bloomberg a annoncé qu’il voulait pousser à la création d’une initiative durable à Wall Street.

Ces annonces symbolisent la capacité d’entraînement du concept de finance durable mais aussi le risque de réputation qu’il embarque. La visibilité de tous ces engagements, dont il est difficile de mesurer l’impact sur la réorientation des flux financiers vers une économie bas carbone, peut se retourner contre leurs émetteurs. Toronto est une place financière qui compte, dans ses dix premières capitalisations, trois des plus grandes entreprises extractives exploitant les sables bitumineux en Alberta.

Vision à long terme

Les grands investisseurs canadiens participent peu au mouvement de la finance climat. Adeptes de la gestion indicielle, ils profitent des niveaux très élevés des prix du pétrole et des performances boursières qui en découlent. Du côté de Wall Street, on profite tout aussi largement des "Trumpitudes" économiques. Le Dow Jones a augmenté de 37 % dans la première année de son mandat et les visions de long terme sont rares.

Les acteurs de la finance durable seront jugés sur leurs actes. Il ne suffit pas de brandir l’Accord de Paris ou les multicolores ODD pour changer de modèle et faire de sa place financière le vrai leader de la finance durable. Il faut pour cela être capable de jouer de son effet de levier pour pousser les entreprises vers une mutation économique profonde.

Cela veut dire transformer les pratiques dominantes dans toute la chaine de valeur, à commencer par le lobbying des associations d’entreprises auprès des régulateurs. Leur unique objet est de limiter les contraintes de toute nature, y compris quand il s’agit de sauver le climat.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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