Publié le 11 septembre 2019

FINANCE DURABLE

Finance durable : aux PRI, l’urgence est plus présente dans les discours que dans les actes

Emmanuel Macron en vidéo et Bruno Lemaire en chair et en os, ont adressé un seul et même vibrant message de la France à la communauté d’investisseurs responsables réunis à Paris pour l’Assemblée générale des Principes pour l’Investissement Responsable (les PRI) : il est urgent de faire de la finance durable la pratique dominante des marchés. Or on est encore loin de voir réorienter vers des modèles plus durables, les 90 000 milliards de dollars que représentent les 2000 signataires des PRI.

Bruno Le maire PRI in Person Bercy
Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire est intervenu à l'ouverture des PRI in Person.
@Bercy

Le plus grand rassemblement d’investisseurs responsables au monde se déroule à Paris en ce moment. Il réunit plus de 1700 participants, pesant à eux tous environ 90 000 milliards de dollars d’actifs, au Palais des Congrès, lieu emblématique puisque s’y tiennent régulièrement les assemblées générales des grandes entreprises cotées françaises comme Total, Renault ou BNP Paribas.

Sur le papier, les signataires des PRI ont les moyens de financer la transition rapide dont la planète a besoin. Mais ont-ils la capacité - et le pouvoir - de suivre les injonctions délivrées à très haut niveau par le Président français et son ministre des Finances : financer une économie alignée sur l’objectif de 2°C de l’Accord de Paris et donc "transformer le capitalisme pour qu’il contribue à protéger l’environnement et lutter contre les inégalités sociales" ?

Le message est clair mais combien de signataires des PRI ont réellement signé pour cette mission comme le souligne dans son tweet Rob Lake, l’un des fondateurs de l’initiative ?

 

Exclusion ou engagement ?

L’évènement PRI in Person est un curieux mélange de démonstration de force de la finance durable et de ses difficultés à faire bouger les lignes dans le secteur tout entier. Car la grande majorité de ces investisseurs continue à utiliser massivement les indices boursiers traditionnels pour mesurer leurs performances financières et à investir de façon passive sur l’économie telle qu’elle est, c’est-à-dire plutôt sur une trajectoire de réchauffement climatique entre 4 et 5 degrés à la fin du siècle. 

L’idée que les entreprises profitables d’aujourd’hui seront aussi celles de demain à condition qu’elles respectent les droits sociaux et l’environnement, a fait son chemin. La question la plus débattue pendant ces trois jours devient du coup celle des pratiques d’investissement responsable les plus efficaces pour rendre l’économie plus durable, qu’on peut résumer par : "exclusion ou engagement ?"

La première consiste à éliminer de ses portefeuilles des secteurs controversés comme le charbon ou le tabac, le second à utiliser ses droits d’actionnaires pour exiger d’autres pratiques de l’entreprise visée. La première a pour but d’assécher les capacités de financement de secteurs qui amènent des problèmes très couteux pour la planète et les humains, le second permet d’envoyer un signal à l’entreprise pour qu’elle prenne en compte les intérêts de ses actionnaires de long terme qui ne souhaitent pas que les profits réalisés le soient au détriment de la planète et des humains.

Si plus de 1 000 très grands investisseurs dans le monde, dont le fonds norvégien et la Caisse des dépôts, excluent le charbon, la démonstration de l’impact en termes de réduction réelle des émissions liées au charbon reste à faire. De son côté le secteur pétrolier est un laboratoire de l’efficacité de l’engagement actionnarial avec de vrais succès en Europe à l’image de l’Assemblée générale de BP au printemps, mais des difficultés à combattre le modèle dominant aux États-Unis. En témoignent les échanges aigre-doux sur Twitter concernant la façon dont les deux principales sociétés de gestion américaines BlackRock et Vanguard exercent leurs droits de vote.

 

"J’ai participé à quasiment tous les rendez-vous annuels des PRI depuis le début", explique Jean-Philippe Desmartins, directeur de l'équipe investissement responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management. "C’est vrai qu’on est en train de changer d’échelle mais sur l’engagement actionnarial rien de plus difficile que de démontrer l’efficacité de son action. Ceux qui expliquent avoir 60 % de réussite, c’est souvent parce qu’ils ont eu des accusés de réception des courriers qu’ils envoient. La transformation réelle des pratiques est beaucoup plus rare, dans moins de 5 % des cas. Et le plus souvent c’est le fruit d’une action concertée de plusieurs très gros acteurs internationaux."

Alors engagement ou exclusion ? Il faut sans doute plutôt choisir les deux. Et ces pratiques doivent être mises en œuvre systématiquement et à grande échelle pour que 2019 ne soit pas l’année référence du moment où il était encore possible de basculer vers un autre monde mais où les acteurs économiques et financiers ont manqué la possibilité réelle de faire des transformations radicales.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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