Publié le 14 décembre 2017

FINANCE DURABLE

Climat : les sept commandements des investisseurs responsables

Comment investir plus durablement ? Quelques réponses sont à puiser auprès des investisseurs responsables européens réunis à l'occasion du colloque Novethic, qui s'est tenu le 13 décembre à Paris, en marge du One Planet Summit.

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  • Ne pas manquer l’opportunité de sortir des énergies fossiles

La transition énergétique, ce n’est pas seulement une affaire de climat, c’est aussi une question de rentabilité. Tel est le message de Hamish Chamberlayne, directeur de l’ISR (Investissement socialement responsable) de Janus Henderson. C’est ainsi que l’État du Texas - historiquement pétrolier - est devenu le plus grand producteur d’énergie éolienne des États-Unis. C'est aussi sur le même constat que s'est mise en marche la révolution des batteries électriques au pays de l'Oncle Sam, avec la méga usine de Tesla, mais aussi en Chine où l’on compte déjà 100 usines de batteries électriques.

  • Ne pas oublier le changement climatique dans les modèles d’évaluation des risques

Lors du colloque, Virginie Chapron, directrice des Finances de la Caisse des dépôts et présidente de Novethic, a présenté la feuille de route climat du groupe, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’alors. "Un groupe comme la CDC se doit d’adopter cette feuille de route 2 degrés. Notre taille et la diversité de nos métiers ne nous ont pas arrêtés parce que nous sommes persuadés que le risque climatique est bien un risque financier et systémique. C’est pourquoi nous intégrons aussi le changement climatique dans nos modèles d’évaluation et de maîtrise des risques".

  • Ne pas oublier le capital naturel dans ses décisions d'investissement

Doit-on monétiser le capital naturel pour mieux protéger la planète ? C’est ce que préconise BNP Paribas Asset Management, rappelant que 45 % des entreprises ne seraient pas rentables aujourd'hui si elles intégraient les externalités dans leur bilan. Même s’il faut encore résoudre quelques problèmes méthodologiques, "monétiser le capital naturel, c’est plus de données et donc plus de matière pour évaluer les entreprises et dialoguer avec elles", expliquent Robert-Alexandre Poujade et Delphine Riou, analystes ESG à BNP Paribas AM. Ainsi quand on sait que la grande barrière de corail, située au large des côtes australiennes, est évaluée à plus de 37 milliards d’euros, investir dans une grande mine de charbon qui va accélérer sa destruction perd tout sens économique.  

  • Ne pas oublier la résilience

Lors de cette semaine sur la finance climat, nous avons beaucoup parlé de la transition bas carbone mais nous avons aussi besoin de nous concentrer sur la résilience, explique la présidente du fonds de pension des employés de l’agence environnementale britannique, Emma Howard Boyd. Émettre des green bonds pour l’efficacité énergétique des bâtiments, c’est formidable mais il faut aussi investir dans leur résilience aux coups de chaleur, de froid, d’inondation. Il suffit de regarder l’impact des catastrophes naturelles sur les chaînes d’approvisionnement et les bâtiments, ne serait-ce que cette année, pour comprendre l’importance de la résilience pour le portefeuille des investisseurs".

  • Ne pas hésiter à brandir la menace de l’exclusion

Le fonds de pension norvégien est reconnu internationalement pour sa politique d’investissement responsable, basée sur l’exclusion. A ce jour, il a exclu près de 200 entreprises, dont la moitié du fait de controverses. Sur le secteur textile par exemple, le fonds n’hésite pas à visiter les usines de fabrication et à interroger les employés en dehors de leur lieu de travail sur leurs conditions d'emploi. "Quand nous identifions des controverses et que nous menaçons les entreprises de les exclure, elles deviennent beaucoup plus intéressées par un dialogue avec nous et à la possibilité de remédier aux problèmes."

  • Ne pas sous-estimer l’influence des scandales

Il y a 10 ans, aux Pays-Bas, la diffusion d'un documentaire sur la fabrication de mines antipersonnel par des entreprises néerlandaises génère une prise de conscience de la population qui se demande à quoi sert leur épargne. Fonds de pensions et compagnies d'assurance commencent alors à intégrer ce sujet dans leurs plans d'investissement. C’est le début du mouvement ISR aux Pays-Bas. En Allemagne, c’est aussi poussées par les réglementations et les différents scandales que les mentalités changent et que le marché de la finance durable se développe. "Par exemple, le président de Volkswagen vient de proposer d’utiliser le montant des subventions du diesel pour la mobilité durable. C’était impensable il y a quelques années."

  • Ne pas s’y tromper : les États-Unis restent leaders sur le climat

Pour Olivier Guersent, directeur général adjoint auprès de la Direction générale Stabilité financière, services financiers et union des marchés de capitaux (Fisma), les États-Unis demeurent les leaders de la lutte contre le changement climatique. Que ce soit au niveau de leurs entreprises ou de leurs investisseurs. Il prend en exemple l'entreprise Tesla d'Elon Musk, spécialiste de la voiture électrique et des batteries, qui n'a aucun problème à se financer dans ce pays pour lancer de vrais projets disruptifs.

 

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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