Publié le 08 octobre 2013

FINANCE DURABLE

Epargnants, exigez un investissement socialement responsable !

Organisée pour la quatrième fois en France du 14 au 21 octobre, la Semaine de l'ISR a pour vocation de faire découvrir l'investissement responsable aux épargnants, un concept dont ils ignorent très majoritairement l'existence. Avec la campagne « Exigez l'ISR », les organisateurs espèrent cette année secouer les acteurs et donner un nouveau souffle à un marché pas si développé que cela.

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«En appelant leurs clients à « Exigez l'ISR », nous espérons faire exister une demande que les réseaux des banques et des assurances devront prendre en compte » explique Bertrand Fournier, le Président du Forum pour l'investissement Responsable (FIR), organisateur depuis quatre ans de la Semaine de l'ISR. « Chaque année nous publions un sondage qui montre que la notoriété de l'ISR ne progresse pas. Moins de 10 % des personnes interrogées savent de quoi l'on parle ! Pourtant, chaque année, ce même sondage montre qu'une fois que l'on explique en quoi consiste l'ISR -c'est-à-dire intégrer des critères environnementaux et sociaux dans la gestion financière-, 40 % s'y intéressent et 17 % en veulent pour leurs placements ! »

Pour la première fois donc, le FIR dirige sa campagne vers les épargnants individuels pour faire bouger les lignes. L'idée est tout simplement de pousser ces derniers à en parler à leur banquier via un mail envoyé à son ou sa chargé(e) de clientèle. Pour les y aider, un formulaire « Exigez l'ISR » est proposé sur le site de la Semaine de l'ISR. Le message se transforme en « L'ISR on adhère » pour les agences de banques et assurances qui souhaiteraient afficher leur engagement auprès de leurs clients et « Conseiller l'ISR » à destination des réseaux de commerciaux.

Jusqu'en 2013, la manifestation était cantonnée aux professionnels et aux étudiants qui pouvaient participer à de nombreuses conférences sur le thème de l'ISR. Celles-ci restent d'actualité cette année mais la campagne « Exigez l'ISR » qui va se prolonger toute l'année doit lui donner plus d'ampleur et contribuer à faire connaître les produits ISR encore très confidentiels. « Si tous les grands réseaux ont une offre ISR, rares sont ceux qui la mettent en avant sur un plan commercial » déplore Bertrand Fournier. « Cela suppose de changer en profondeur le système de vente actuel des produits financiers en créant un dialogue sur le fond entre le client et sa banque sur la destination de leur épargne. »

De son côté pour contribuer à cette mobilisation dont il est partenaire, Novethic propose, à partir du 14 octobre, une rubrique « Exigez le label ISR ». Ses experts répondront à toutes les questions sur l'ISR de 10 H 18h et du lundi au vendredi pendant la Semaine de l'ISR.

Vendre ou pas l'ISR ?

Les statistiques du marché de l'ISR français témoignent de sa croissance constante. L'ISR représentait 150 milliards d'euros fin 2012, or il ne pesait que 30 milliards d'euros en 2008. Mais c'est surtout la conversion de fonds existants et les investissements d'institutions financières qui expliquent cette croissance. Auprès des particuliers, l'offre directe de placements ISR est rarissime. Pas très étonnant car selon le sondage réalisé par le FIR et l'agence de notation extra-financière EIRIS pour la Semaine de l'ISR, seules 2 % des personnes interrogées se sont déjà vues proposées ce type de produits !
Pourquoi tant de réticence ? Parmi les pistes d'explication : la difficulté de dévoiler à des non-initiés ses choix d'investir dans les actions de telle ou telle entreprise ou de devoir justifier la présence de telle ou telle autre, plus controversée, dans un fonds ISR. Cela reste des exercices complexes auxquels les réseaux bancaires ne sont pas formés et dont les promoteurs de fonds ISR ne sont pas si demandeurs. Le rapport paradoxal de ces gestionnaires à l'ISR est parfaitement résumé par Yves Perrier, le patron de la société de gestion du groupe Crédit Agricole, Amundi. « Nous souhaitons avoir fin 2015, 100 milliards d'euros en ISR contre 60 aujourd'hui mais nous le faisons sans le dire aux clients particuliers. A quoi bon puisqu'ils ne veulent pas d'ISR ou, en tous cas, n'en demandent pas ? La performance financière associée au fait que l'AFNOR certifie que nous intégrons bien dans nos processus des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance suffit largement !», déclarait-il lors d'une conférence de presse consacrée à l'ISR le 3 octobre 2013.

Pourtant le groupe Crédit Agricole considère qu'il est de son devoir d'en parler avec ses clients comme il va le faire avec une agence éphémère dans le cadre de la Semaine de l'ISR du 14 au 26 octobre. « En plein cœur de Lyon, Place Bellecour, une façade aux couleurs de la finance responsable attirera l'œil de tous les passants en les invitant à assister aux animations inscrites au programme via un écran déroulant sur la façade» explique Adrien Verlhac , responsable du Développement Durable du Crédit Agricole Centre-est. «Les visiteurs pourront tout au long de la journée approfondir leurs connaissances sur l'ISR et/ou l'épargne solidaire avec des jeux, des informations flash, des ateliers « Parole d'experts »qui détailleront par exemple les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance des secteurs de l'agro-alimentaire, du textile, de l'automobile ou encore de la grande distribution, ajoute-il. Nous ouvrons de nouvelles portes et c'est du concret pour nos clients ! »

Parler d'ISR permet d'ouvrir le débat sur la destination de l'épargne des Français et la relation que les banques entretiennent avec leurs clients sur la gestion de cette épargne. Si le gouvernement concrétise son intention de lancer un label ISR public, Exigez l'ISR pourrait devenir plus qu'un slogan.

Anne-Catherine Husson-Traore
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