Publié le 06 juillet 2020

FINANCE DURABLE

[Effet post-Covid] L’Union européenne attrape le virus de la solidarité

Véritable serpent de mer de la construction européenne, la dette communautaire a refait son apparition pendant la crise du Covid-19. Surprise, cette fois l’idée semble vouloir prendre racine et marque une esquisse de solidarité budgétaire européenne. Toute la semaine, Novethic revient sur les effets secondaires positifs que la crise sans précédent du Covid-19 a entraîné.

Angela Merkel et Emmanuel Macron plan de relance union europeenne Covid19 Kay NIETFELD POOL AFP
Le plan de soutien à l'économie d'Angela Merkel et Emmanuel Macron introduit pour la première fois une notion de solidarité budgétaire.
@AFP

Il est rare que l’émission d’une obligation d’État passionne les foules. En pleine crise du coronavirus, pourtant, la possibilité d’une dette partagée par les États membres de l’Union européenne est devenue un sujet brûlant. Au fil des nombreuses réunions virtuelles entre chefs d’État et entre ministres des Finances, l’idée d’une émission d’obligation en commun par les pays de l’Union a fait son chemin.

C’est une première et le sujet est éminemment politique. Véritable répulsif pour les pays du Nord de l’Europe, la mutualisation de la dette a d’abord été appelée par le gouvernement italien, particulièrement touché par la crise du coronavirus. À la fin du mois de mars, Giuseppe Conte, le chef du gouvernement, et huit autres pays de la zone euro dont la France, se rassemblent en amont du Conseil européen pour proposer l’émission d’un "Corona bond".

Il s’agirait pour une institution européenne d’emprunter de l’argent sur les marchés afin de financer les politiques publiques de lutte contre la pandémie. En mars, l’idée a fait l’objet d’un refus clair et net des pays du Nord de l’Europe. L’Allemagne et les quatre pays baptisés depuis les "Frugal Four" (Autriche, Pays-Bas, Suède, Danemark) refusent de mutualiser une dette avec des pays dont les finances publiques sont déficitaires. 

Une crise comme aucune autre

L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme elle l’avait déjà fait quelques années plus tôt. Lors de la crise des dettes souveraines européennes en 2012, le concept d’euro-bond avait été rejeté sans ménagement par les pays d’Europe du Nord. Mais la crise sanitaire du Covid-19 ne ressemble à aucune autre. L’arrêt complet de l’économie a éclairé d’une lumière crue les inégalités sociales existantes, rappelé la fragilité d’une construction européenne uniquement économique et non politique, et mis en avant les risques d’une économie trop carbonée.

Le duo franco-allemand semble avoir entendu l’alerte. Par une surprenante annonce, le 18 mai, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont poussé l’idée d’une plus grande solidarité entre les pays. Leur plan à 500 milliards d’euros reposerait en effet sur un emprunt obligataire de la Commission européenne, qui redistribuerait l’argent aux pays membres. Nulle mention de Corona bond ou d’euro-bond, pour ne braquer personne, mais la dette commune est bien évoquée.

Il s’agit d’un grand pas en avant pour l’Europe. La chancelière allemande a fait tomber le tabou d’une mutualisation de la dette qui était jusque-là un épouvantail pour ses rigoristes alliés politiques. Le plan franco-allemand a été applaudi par plusieurs responsables politiques, comme Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, ou encore Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne.

Cette nouvelle solidarité n’a pas encore été approuvée par les autres pays membres. Les détails de la mise en place de cette dette communautaire ne sont pas actés, les pays frugaux se positionnant sur la distribution sous forme de prêts aux États, les autres préférant les subventions. Mais le poids politique d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron réunis donne à ce plan des allures de petite révolution européenne.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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