Publié le 21 février 2020

FINANCE DURABLE

[Édito] 100 000 emplois, la facture sociale de la transition numérique dans le secteur bancaire

Depuis plus d’un an, toutes les grandes banques occidentales ont annoncé de massives réductions d’emplois. La principale cause est la transition numérique qui rend moins nécessaires les chargés de clientèles, mais aussi les spécialistes du trading et de la recherche. Cette numérisation peut laisser craindre une décorrélation croissante de la finance de l’économie réelle, ce qui empêchera la réorientation de flux financiers vers la transition écologique.

Agence HSBC Paris HSBCs
HSBC a annoncé la suppression de 35 000 emplois en Europe et aux États-Unis.
@HSBC

Les banques suppriment massivement des emplois partout dans le monde. Dernière en date HSBC, qui vient d’annoncer la suppression de 35 000 emplois à l'international sur un effectif total de 235 000 personnes, soit presque 15 % de ses salariés ! Un mouvement général puisque Deutsche Bank a annoncé 18 000 suppressions d’emplois, Unicrédit 8 000, Société générale 2 100… C’est le tribut payé par le secteur à une transition numérique à ce stade sans crise sociale visible.

Au total, depuis début 2019, les banques ont annoncé la suppression de 100 000 postes à travers le monde soit l’équivalent de la disparition d’un grand groupe mondial comme Total ou Danone. Cette crise de l’emploi bancaire est liée à différents facteurs, mais principalement à la numérisation du secteur. Elle concerne en premier lieu les agences bancaires rendues moins nécessaires par la mise à disposition d’outils en ligne pour les clients. Dans le cas d’HSBC, la banque a bien précisé dans son annonce que les suppressions de poste n’épargneraient pas les personnels liés au trading et à la recherche.

Décorrélation de l’économie réelle

C’est une illustration concrète des prédictions de remplacement des personnels par des robots et des nouveaux outils liés à l’Intelligence artificielle, développés en priorité pour le High Frequency trading (Trading Haute Fréquence) ou de la gestion indicielle. L’une des conséquences de ce mouvement est la décorrélation de plus en plus manifeste des variations boursières de l’économie réelle.

Pourtant, pour faire de la finance durable et réorienter les flux financiers vers une économie plus durable basée sur une transition juste, il y aura besoin d’humains qualifiés. Ceux-ci doivent être formés pour produire une analyse complexe, qui ne semble pas encore pouvoir être paramétrée dans le système bancaire. On peut donc réellement s’interroger sur la capacité du secteur à mettre en œuvre ce programme, alors qu’il est dans une stratégie d’allègement maximal de son capital humain.

À l’heure où se multiplient des initiatives comme celle du groupe Caisses d'Épargne, rapportée par les Échos, qui voudrait tester dans certaines agences les statuts de banquiers "auto-entrepreneurs", il semble urgent d’avoir une réflexion globale sur l’avenir de l’emploi dans le secteur bancaire. Tant que la saignée sociale se fait silencieusement, il est peu probable que la tendance s’inverse. Pourtant il est étonnant de constater le décalage entre l’écho rencontré par des fermetures d’usine qui peuvent concerner quelques centaines de personnes et l’indifférence dans laquelle disparaissent massivement les emplois des banques.

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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