Publié le 20 mai 2015

FINANCE DURABLE

Crédit Agricole met un frein à ses financements dans le charbon

À quelques mois de la COP21, Crédit Agricole fait un geste fort en annonçant son désengagement dans les projets liés à l’extraction de charbon. Si la banque, en revanche, continuera de financer des centrales thermiques, le temps de la transition, elle affirme qu’elle sera plus restrictive sur ce type de soutiens. La banque fait le constat de la matérialisation du risque carbone.

STATES : A mountain top mine site is pictured 14 May 2001 south of Charleston, West Virginia. Activists say removing mountain tops to mine coal is devastating local communities and the environment.
Kate Beddall \AFP

C’est la première banque française à faire une telle annonce. En amont de son Assemblée générale, qui se tient ce mercredi, Crédit Agricole a fait savoir via deux tweets, publié il y a une semaine, qu’elle s’engageait à ne plus financer de nouveaux projets liés à l’extraction de charbon, de façon directe ou indirecte :

 

"La société et l’économie vont dans une certaine direction, celle de la transition énergétique, à juste titre, puisque le risque carbone est avéré", explique Stanislas Pottier, directeur du développement durable du groupe Crédit Agricole SA. "Malheureusement, il n’est pas suffisamment pris en compte par le marché. C’est pourquoi nous avons estimé que notre rôle était de protéger nos portefeuilles mais aussi ceux de nos clients contre ce risque-là. Il va y avoir sans doute des réglementations supplémentaires, des taxes… Nous avons donc tout intérêt à décarbonner."

 

Plus de soutien à la technique du mountain top removal

 

La banque, qui a financé des projets d’extraction de charbon à hauteur de 625 millions de dollars l’an passé, selon un rapport récent des ONG BankTrack, Rainforest Action Network et le Sierra Club, ne soutiendra donc plus aucune entreprise utilisant notamment la technique du Mountain Top Removal (MTR), une pratique d’extraction de charbon à ciel ouvert extrêmement nocive pour l’environnement. Une avancée significative pour Crédit Agricole qui était pointé du doigt par les ONG.

"Le MTR n’est plus du tout d’actualité, insiste Stanislas Pottier. Il nous a été reproché de financer des entreprises dont une partie de l’activité reposait encore sur le MTR. Mais cela fait plusieurs années que nous ne finançons plus aucun projet de MTR et nous sortons progressivement des financements d’entreprises qui pouvaient y être liés indirectement, dans le respect de nos obligations contractuelles. Aujourd’hui, le message est clair, le MTR c’est du passé pour nous."

 

… mais encore aux centrales à charbon

 

Sur les investissements concernant la construction de centrales à charbon, en revanche, la position de Crédit agricole n’est pas aussi tranchée. La banque a participé, aux côtés de BNP Paribas, Société générale, BPCE/Natixis et Crédit mutuel, à la construction de deux centrales à charbon en Afrique du Sud, les troisième et quatrième plus grosses au monde. Dans un rapport publié mardi 19 mai, Oxfam et les Amis de la Terre accusent les banques françaises de "contribuer massivement aux changements climatiques, ainsi qu’à de graves atteintes sociales, sanitaires et environnementales dont sont victimes les sud-africains."

Pour le directeur du développement durable au sein du groupe Crédit Agricole SA, la politique sur les centrales à charbon ne peut être que "progressive" tout en allant vers plus de "restriction" : "On ne peut pas systématiquement opposer les combustibles fossiles aux énergies renouvelables ou imposer un changement de modèle brutal qui nécessite une certaine maturité en termes de développement de mix énergétique, de mise en place de réseaux intelligents… L’idée n’est pas de déstabiliser le système mais d’aller vers une transition. Dans le cas de l’Afrique du Sud, il fallait de grosses unités de production d’énergie. Les centrales thermiques à charbon correspondaient à ce besoin."

Dans un communiqué, Les Amis de la Terre, qui ont lancé la semaine dernière un appel aux banques à se désengager du charbon redoutent que l'annonce de Crédit Agricole ait "les mêmes limites que sa politique adoptée en 2013 sur le MTR, à savoir le maintien des financements indirects".

 

Concepcion Alvarez
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