Publié le 13 novembre 2017

FINANCE DURABLE

Dans un monde à +4°C, 11 % de l’économie mondiale est menacée

Les événements extrêmes liés au changement climatiques se multiplient sous l'effet du réchauffement et font courir des risques majeurs aux États, entreprises et acteurs financiers. Leur impact est toutefois difficile à mesurer. Carbone 4, un cabinet de conseil spécialisé sur la transition énergétique, s'y essaie cependant et publie une première analyse édifiante.

Inondations pixabay
Inondations, ouragans, élévation du niveau de la mer...avec le changement climatiques les aléas climatiques se multiplient faisant peser des risques importants sur l'économie et le secteur financier
pixabay

Si l’Accord de Paris adopté lors de la COP21 fixe un objectif de limitation de la hausse des températures à 2°C, voire 1,5°C, d’ici la fin du siècle, notre développement actuel nous emmène bien au-delà. Entre +3 et +6°C, selon les estimations.

En prenant un scénario de réchauffement moyen de 4°C élaboré par le GIEC et les conséquences de sept aléas climatiques majeurs (1), les pays à risque (20 %) représentent 11 % de l’économie mondiale (selon leur PIB 2015), selon un nouvel outil d’aide à la prise en compte des risques physiques du changement climatique développé par Carbone 4 à destination des investisseurs. Ce sont principalement des pays côtiers d’Asie, du Pacifique, et de l’océan Indien qui sont à la fois les plus exposés et les plus vulnérables à ces phénomènes. Ils hébergent près d’un tiers de la population.

Risques physiques 5 continents 1

Un cinquième des entreprises à risque

Le cabinet a aussi évalué le risque pour un échantillon de 300 entreprises cotées au MSCI World, un indice boursier mesurant la performance des marchés de pays économiquement développés. Avec un scénario à 4°C, 19 % des multinationales sont à risque élevé. Parmi les secteurs les plus exposés : les industries manufacturières, les utilities (eau et électricité), la chimie, l’agro-alimentaire et les transports.

Ces secteurs subiraient des dommages en ce qui concerne leurs infrastructures, leurs outils de production et leurs chaînes d’approvisionnement. A titre d’exemple, en 2011, les inondations en Thaïlande avaient bloqué la production des entreprises d’électronique et d’automobiles car une grande partie de leurs sous-traitants clés étaient concentrés dans le pays. Près de 10 000 usines avaient été fermées. Et seulement 22 % des 45 milliards de dollars de pertes étaient assurés.

Une mesure indispensable

Des risques qui pèsent aussi par ricochet sur les investisseurs, mais ces derniers peinent à les mesurer. D’où l’intérêt de l’outil de Carbone 4. Il est d'ailleurs soutenu par plusieurs acteurs financiers et entreprises tels que la Caisse des dépôts (dont Novethic est une filiale), l’AFD (l’agence française de développement), Natixis et Mirova, BNP Paribas ou encore EDF. Il sera opérationnel à la fin de l'année.

Cette évaluation est devenue indispensable. Le nombre d’événements climatiques ayant provoqué des pertes économiques a triplé entre 1980 et 2014 et leur coût a été multiplié par 5 en 15 ans. Et parce que les acteurs sont de plus en plus poussés à le faire par les régulateurs. En France, depuis la loi de transition énergétique pour la croissance verte, les investisseurs institutionnels sont ainsi tenus de publier le niveau d’exposition de leur portefeuille aux risques physiques du changement climatique (article 173).

Une demande également portée au niveau international par la TCFD, la task force sur la transparence financière liée au climat, mandatée par le G20 qui fait aujourd’hui référence. Mais qui peine encore à être traduite dans les faits. D'une part "parce que la boîte à outils n'existait pas encore, d'autre part, par peur des conséquences", déplore Jean-Marc Jancovici, fondateur de Carbone 4.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) Températures, canicules, sécheresses, fréquence et intensité des précipitations, niveau de la mer, ouragan.


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