Publié le 28 novembre 2019

FINANCE DURABLE

Financement des énergies fossiles : le bras de fer entre les ONG et les banques françaises

Les Amis de la Terre France et Oxfam France ont appelé jeudi la France à légiférer "dès 2020" pour contraindre ses banques à adopter des stratégies visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Elles publient une énième étude consacrée à leur empreinte carbone, que le lobby bancaire conteste. Les banques françaises assurent même être en pointe sur la transition. 

En matière de financement de la transition, les ONG et les banques françaises campent chacune sur leur vision.
@leolintag

Face à l'urgence climatique, Les ONG appellent à une régulation forte des institutions financières françaises en matière climatique "afin de limiter les impacts humains et de prévenir un risque de crise financière majeur dû aux changements climatiques". Quand les institutions les appellent au "réalisme", soulignant les efforts déjà engagés. C'est l'opposition qui se joue une nouvelle fois à l'occasion d'un nouveau rapport des Les Amis de la Terre et Oxfam intitulé "l’empreinte colossale des banques françaises: une affaire d'État"

Cette étude est publiée à l’occasion de la semaine sur la finance climat, Paris For Tomorrow et à la veille du "Climate Finance Day". Lors de ce colloque organisé depuis la COP21 de 2015, les établissements financiers français font généralement des annonces. Ces dernières années, certains se sont ainsi engagés à désinvestir progressivement de secteurs tels que le charbon, le tabac ou encore les sables bitumineux. Mais "le rythme de marche est bien trop inégal et lent", tancent les deux ONG, qui dénoncent des effets de "communication" et "le rôle joué par les lobbies de la place financière parisienne pour freiner toute forme de régulation publique".

Selon les ONG les banques françaises financent le changement climatique…

"En 2018, les émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement et d'investissement des quatre principales banques françaises - BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE - dans le secteur des énergies fossiles ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2, soit 4,5 fois les émissions de la France cette même année", dénoncent les deux ONG.

Elles comparent deux chiffres. D'une part "l'ensemble des transactions financières réalisées par des banques françaises en direction d'entreprises actives dans les énergies fossiles en 2018" et par ricochet leur contribution à générer des activités émettrices de gaz à effet de serre. Et d'autre part celui des émissions de gaz à effet de serre de la France pour 2018.

…quand les banques appellent au réalisme

Une méthodologie contestée par la Fédération bancaire française. Son président, également président de la Société générale, Frédéric Oudéa, affirme que "les banques francaises sont les premières (au monde) engagées dans cette transition", soulignant que quatre banques de l'Hexagone comptent parmi les dix premières au monde dans le financement des énergies renouvelables, avec une enveloppe de près de 40 milliards d'euros.

"Il faut être réaliste", insiste Frédéric Oudéa sur Europe 1. "Très concrètement, on arrête de financer Air France, Renault et Peugeot ? Ou est-ce qu'on les accompagne en financant des voitures et des avions électriques ?", expliquant que les banques demandaient à leurs clients de leur présenter leurs actions pour modifier leur mix énergétique progressivement.

Pour les ONG, l’État doit mettre en place des normes assurant que les banques doivent "mettent fin à leurs soutiens à l'expansion des énergies fossiles et en programment la sortie totale" en garantissant "en priorité la sortie du secteur du charbon au plus tard en 2030 dans les pays européens et de l'OCDE, et d'ici 2040 dans le monde".

L’État en arbitre ?

Côté gouvernement, Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique, a déclaré que le rapport d'Oxfam serait étudié. "Les banques seront sensibles à la façon dont l'opinion publique peut juger leur action", a-t-elle estimé, pointant leur "très grande responsabilité" dans leurs investissements.

Mais selon Les Amis de la Terre et Oxfam France il existe une trop grande "interdépendance entre banquiers et décideurs" qui "s'explique par les nombreux passages de hauts fonctionnaires du secteur public au secteur privé et vice-versa" ainsi que par des dépenses importantes en lobbying de la part des banques. "En 2018, les banques et leurs représentants d'intérêt ont déclaré près de 10 millions d'euros pour influencer les décideurs nationaux, avec pas moins de 95 lobbyistes", assurent-elles. Sur Europe 1, le président de la FBF a lui assuré : "Nous travaillons bien avec le gouvernement qui organise le cadre juridique pour vérifier que nous tenons nos engagements, cela nous va très bien".  

La rédaction avec AFP


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