Publié le 17 avril 2019

FINANCE DURABLE

Après la rupture du barrage minier au Brésil, les investisseurs posent un ultimatum aux compagnies minières

Après la rupture du barrage de Vale qui a causé la mort de centaines de personnes en janvier, les investisseurs internationaux demandent des comptes à l’industrie minière. Une centaine d’entre eux ont envoyé une lettre à 683 compagnies minières leur demandant des informations précises sur leurs barrages de résidus miniers. Elles ont jusqu’à mi-mai pour y répondre, et restaurer la confiance des investisseurs.

La rupture du barrage de Vale au Brésil le 25 janvier 2019 a causé plusieurs centaines de morts.
@Douglas Magno/AFP

On ne les y reprendra pas. Une coalition de 96 investisseurs mondiaux, représentant plus de 10 300 milliards de dollars d’actifs sous gestion, a interpelé les compagnies minières sur leur gestion des barrages de résidus miniers. Les centaines de morts causées par la rupture du barrage de Vale à Brumadinho au Brésil fin janvier ont laissé des traces chez ces gérants d’actifs qui ont, subitement, réalisé le manque d’informations dont ils disposaient sur ces actifs pourtant risqués. Ils ont notamment réalisé qu’il existait quelque 18 000 installations de stockage de résidus miniers dans le monde, dont 3 500 en activité. Sans qu'aucun registre mondial ne les recense.

"Il est essentiel que les investisseurs puissent avoir une vision claire sur quelle entreprise détient quel barrage de résidus, et comment ce barrage est géré, estime Adam Matthews, le directeur de l’éthique et de l’engagement du fonds de pension de l’Église d’Angleterre. Les communications actuelles des entreprises sont largement inadéquates."

683 compagnies minières sollicitées

La coalition, menée par le fonds de pension de l’Église d’Angleterre et par le Conseil d’éthique des fonds AP en Suède, a envoyé une lettre à 683 entreprises minières cotées avec un ultimatum. Elles doivent, d’ici la mi-mai, fournir des informations sur tous les barrages miniers dont ils disposent et s’engager à publier ces informations sur leurs sites internet. Pour s’assurer de la prise de conscience de l’importance du message dans les plus hautes sphères, les investisseurs demandent que la publication des données soit signée par le dirigeant de l’entreprise.

La demande est précise. La lettre des investisseurs est accompagnée d’une grille de 20 questions sur les barrages de résidus détenus par les compagnies minières. Elles concernent la localisation des barrages, les activités, les technologies employées, l'évolution du volume de stockage, qui sont les ingénieurs supervisant le site, quel est l'impact sur l’écosystème, etc. Cette grille montre l’ampleur de l’angle mort des investisseurs sur ce pan entier de l’activité des compagnies minières, qui a pu passer au travers de l’analyse des critères ESG (Environnementaux, sociaux et de gouvernance) sans aucun problème.

"Nous savons qu’il existe des bonnes pratiques, mais nous devons pouvoir comprendre comment chaque entreprise minière gère chaque installation, explique Adam Matthews. Nous travaillons avec la communauté d’investisseurs et avec des experts pour créer une base de données globale pour évaluer ces informations."

L’industrie commence à réagir

L’industrie minière a commencé à réagir à la demande des investisseurs. Car à susciter la méfiance chez leurs investisseurs, les entreprises risquent gros. Le Conseil d’éthique des fonds de pension suédois a ainsi clairement conseillé aux fonds AP1 à AP4 de ne plus investir dans Vale, en raison de la perte de confiance dans les pratiques de l’entreprise brésilienne. Certaines compagnies, comme Rio Tinto ou BHP, ont devancé l’appel des 96 investisseurs. Suite au drame de Brumadinho, ils ont commencé à publier sur leurs sites des données sur leurs barrages miniers.

L’International council on mining and metals (ICMM), l’organisation regroupant des compagnies minières, a par ailleurs répondu à la précédente demande de la coalition d’investisseurs, formulée début février. Le fonds de pension de l’Église d’Angleterre et les fonds de pension suédois avaient exhorté l’industrie minière en début d’année à mettre en place des standards internationaux, publics et indépendants de classification des risques des installations de stockage de résidus miniers. L’ICMM, associé au programme environnement des Nations-Unies et au PRI, a annoncé entamer une revue des barrages miniers afin d’établir un standard international sur ces installations.

Arnaud Dumas @ADumas5


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