Publié le 30 juin 2016

FINANCE DURABLE

Climat : les investisseurs intègrent davantage les coûts du réchauffement global

La deuxième journée du Business and Climate Summit, qui se déroulait au cœur de la City de Londres, était consacrée à la finance. Un secteur qui a beaucoup évolué ces dernières années sur la question du risque climatique, mais qui reste à mobiliser dans son ensemble tant le besoin de réorienter les investissements mondiaux vers les projets et infrastructures bas carbone est essentiel pour espérer atteindre les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat.

Affiche de l'édition 2016 du Business and Climate summit.
DR

Le temps des grands engagements de la COP21 est fini. Voici venir celui de leur mise en œuvre. Certes, le ton de la partie finance du Business and Climate Summit était moins flamboyant que lors de la première édition en mai 2015, mais il était adapté aux défis que doit relever le secteur financier dans son ensemble.

Les acteurs présents (HSBC, Hermes, Aviva...) ont rappelé la nécessité de transformer les modèles d'évaluation sur lesquels reposent les décisions d'investissement. "Il est absurde de séparer les données financières et l'économie réelle", a déclaré le patron d'Hermes Investment Management. "La COP21 a attiré l'attention des investisseurs sur les coûts environnementaux. Jusque-là, ils n'y prêtaient aucune attention. Cela les conduit à mesurer et mettre en balance les dimensions environnementales positives et négatives de tel ou tel business model. Cela change les choix d'investissement dans une perspective de long terme", a-t-il ajouté.

 

Un besoin de données et de transparence

 

Les besoins colossaux en investissements qu'appelle l'économie bas carbone – 5 000 milliards de dollars par an sur les 15 prochaines années, selon Antonio Simoes, le patron d'HSBC Bank Plc – justifient un appel massif aux investisseurs privés. Tous les participants ont insisté sur la nécessité de développer les green bonds, dont les émissions devraient atteindre près d'une centaine de milliards d'euros cette année, soit un doublement des montants de 2015. Ils espèrent qu'ils vont prendre une part dominante dans le marché obligataire et représenter des milliers de milliards d'euros.

Cela suppose une transformation globale et profonde des données mises à disposition par les entreprises et les investisseurs sur le climat : émissions de gaz à effet de serre, stratégies et objectifs de réduction. "C'est le chaînon manquant pour passer l'action à une grande échelle", a souligné Russel Picot, membre de la Climate Disclosure Task Force. À ce stade en effet, les données sont encore insuffisantes pour susciter de l'engagement auprès des dirigeants d'entreprises et pousser à l'intégration du climat dans la finance mainstream.

 

Scénario de transition

 

Faire du climat l'arme fatale pour ramener la finance vers le long terme, tel est l'espoir des participants du Business and Climate Summit de Londres. Ils savent qu'il n'y aura pas de données climat parfaites, mais encouragent tout le monde à améliorer la qualité de celles qui sont produites aujourd'hui.

Pour Zoé Knight du centre de recherche sur le climat d'HSBC, "le message de la COP21 aux entreprise est clair : il est impératif d'avoir un scénario de transition. Elles seront de plus en plus discriminées sur ces critères par les investisseurs. Les risques peuvent être physiques et/ou financiers, mais ils peuvent tous être évalués." À l'agence de notation financière Moody's, le changement climatique est désormais intégré à leur analyse de risque de défaut des entreprises. "Nous avons un scénario de transition qui nous permet de montrer aux entreprises quels sont les risques associés au climat qui pèsent sur elles. Nous regardons aussi sur quelles données et quels scénarios climatiques elles travaillent", assure Brian Cahill, Managing Director AP Coporate and Financial Institutions de l'agence.

Il reste encore beaucoup de travail pour globaliser la vision de ceux qui font déjà de la finance verte. Mais tout est réuni pour que cela soit possible. Si les marchés financiers mettent trop de temps à comprendre le choc actuel, ils paieront un prix beaucoup plus élevé. Reste à savoir si la voix du Business and Climate Summit a porté au delà des murs de l'élégant bâtiment gothique transformé en salle de conférence pour l'occasion. Il est situé au cœur de la City. Cela devrait aider.

Anne Catherine Husson-Traore
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