Publié le 24 janvier 2013

ENVIRONNEMENT

Produits toxiques : un rapport européen dénonce les failles du système

Risques sanitaires ignorés, absence de décision politique, lobbying... Le rapport de l'Agence européenne de l'environnement pointe le déni des institutions au profit d'intérêts économiques court-termistes.

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L'Agence européenne pour l'environnement (AEE) a publié le 23 janvier le second volume de son rapport « Signaux précoces, leçons tardives », le premier ayant été publié en 2001. A l'époque, l'AEE avait déjà étudié 14 cas de technologies et de substances -amiante, hormone de croissance, distilbène...- dans lesquels les signaux précoces de risques de toxicité avaient été ignorés, entraînant des milliers de morts, des destructions massives - parfois irréversibles- de l'environnement et des coûts collectifs immenses. Le rapport avait formulé 12 leçons à tirer pour éviter de renouveler ces erreurs...Qui ont été très peu suivies. Dans son deuxième rapport, l'AEE présente en effet 20 nouvelles études de cas - dont les OGM, pesticides, nanotechnologies, perturbateurs endocriniens, produits pharmaceutiques...- pour lesquels, malgré les alertes lancées sur les risques sanitaires et environnementaux, le principe de précaution n'a pas été appliqué. « Les 800 pages du rapport montrent à quel point s'exerce un déni politique sur ces questions, au profit d'intérêts court-termistes de l'industrie. Or cette inaction a un coût social, sanitaire et financier », a commenté en substance la députée européenne Corine Lepage lors de la présentation du rapport à la presse. De fait, le rapport montre que ce sont souvent les mêmes scénarios à l'œuvre : demande répétées d'études et de « preuves » par l'industrie dès lors qu'un produit est mis en question sur ses effets toxiques, enlisement du sujet, lobbying, et in fine, contournement de la décision par les autorités...jusqu'à ce que les effets sur la santé humaine et l'environnement soient indéniables. Donc trop tard.

Le principe de précaution « jamais appliqué »

Par ailleurs la directrice de l'AEE, Jacqueline Mc Glade, ne mâche pas ses mots concernant les impacts sociétaux de ces dysfonctionnements : « Il y a tout autour de nous des maladies destructrices causées par les inégalités d'accès à une eau propre, à la santé ou à un environnement sain. Elles sont renforcées par les actions politiques de court terme et une adulation de la richesse qui crée de la division sociale. » Elle dénonce également le comportement des industriels qui se servent délibérément de l'absence de préjudices prouvés comme argument, alors que « nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre toujours de nouvelles preuves », comme ce fut le cas pour l'amiante. Et alors que la France avait interdit le Gaucho dès 1999 en raison de sa toxicité sur les abeilles, études à l'appui, « l'Europe a attendu 10 ans pour réagir » a-t-elle déploré. Un cas de figure qui se répète à nouveau avec le BPA : si des Etats membres ont commencé à l'interdire, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) continue à publier des avis « rassurants » sur ses effets et ne reconnaît toujours pas de risques pour la santé humaine.
12 ans après son premier rapport, l'AEE recommande à nouveau l'application du principe de précaution dès lors que des alertes sont lancées, et ce d'autant plus que les nouvelles technologies sont désormais approuvées plus vite que par le passé... et présentent donc un risque de propagation des effets toxiques plus important. Jacqueline Mc Glade souligne à ce titre le potentiel d'innovation scientifique et technologique que représente l'application de ce principe, qui figure dans les textes mais qui n'est jamais appliqué - il a été intégré au Traité de Maastricht en 1992-. « On parle de technologies de produits, mais jamais d'innovation », explique-t-elle. Autres lacunes du système pointées par le rapport, le coût de cette inaction n'est jamais chiffré, et les responsabilités en cas de préjudice rarement établies.

Le cas emblématique des perturbateurs endocriniens

Le même jour que celui de la présentation du rapport, la Commission du Parlement européen pour l'environnement, la santé publique et la sécurité alimentaire (ENVI) a adopté un projet de résolution sur la protection de la santé publique. Michèle Rivasi, Vice-Présidente du groupe des Verts/ALE au et co-rapporteure du projet rappelle que « des chercheurs français viennent de démontrer pour la première fois de façon expérimentale que le Bisphénol A, un perturbateur endocrinien connu, est toxique pour les testicules humains, et ce même à faible concentration. Cela fait plus de vingt ans que l'on constate des troubles hormonaux, chez les hommes comme chez les femmes et les enfants, dont certains souffrent de puberté très précoce ». Un projet qui demande l'application du principe de précaution et une révision de la stratégie communautaire sur les perturbateurs endocriniens.

Véronique Smée
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